20 ans à Vif

Préface

Le poids du regard, la force du crayon

Des mots articulés avec peine, des phrases qui résistent, l’angoisse de la feuille blanche…Non, la vie de journaliste n’est pas un long fleuve tranquille. Car il s’agit d’informer avec rigueur, certes. Mais aussi d’y mettre les formes, de séduire le lecteur, de l’interpeller. Un combat, beaucoup de sueur, d’angoisses et d’états d’âme. Et puis débarquent, le mardi, jour du bouclage, les dessins de Nicolas qui balaient tout : les paragraphes savamment construits, les chapitres ultra-peaufinés. En trois coups de crayon, il a tout compris, tout expliqué, tout dit. Vadot, un regard, mais aussi une vision. Redoutablement efficace. En plein dans le mille.

Depuis vingt ans tout juste, Vadot balade son « ironie suprême », comme il aime à la nommer, dans les pages du Vif/L’Express. Des traits précis qui interrogent l’inconscient collectif, des dessins sans tabou qui cognent. Et peuvent heurter parfois. Normal, Nicolas refuse le politiquement correct, il ose, une qualité devenue bien rare. Du nord au sud, d’est en ouest, il voit tout, note tout. Rien ne lui échappe. Normal, depuis son plus jeune âge, le monde est sa planète, son inspiration. Né à Londres en 1971, d’un père français et d’une mère anglaise, détenteur d’une triple nationalité franco-britannico-australienne, il était programmé pour le grand large, aux antipodes de nos horizons si étriqués parfois.

Et pourtant, c’est dans notre petit royaume qu’il fera ses premiers pas, le 10 décembre 1993 plus précisément, avec un dessin dans Le Vif/L’Express. Un quart de page, deux syndicalistes, l’un affilié à la FGTB, l’autre à la CSC, brandissant une banderole « Tous unis contre le plan Dehaene »… mais partant chacun dans des directions opposées. Du pur Vadot déjà. Un entrée discrète, certes, mais qui allait le propulser vers les sommets. Légitime, c’est un surdoué. Six ans plus tard, en effet, notre magazine lui confiait une page hebdomadaire et la célèbre Semaine dans lesquelles il épingle les grands fauves qui peuplent notre vie politique. Di Rupo, Demotte, Reynders, Milquet, Onkelinx, De Wever… Mais aussi Albert II, Philippe, Fabiola…nos héros nationaux, source d’inspiration intarissable pour lui. Sans oublier les douloureux sujets de société comme la pédophilie au sein de l’église, le combat des femmes (« qui font tourner le monde », dixit l’artiste), au Moyen-Orient et ailleurs et qui laissent transparaître toute la finesse d’un homme hyper-sensible, un brin angoissé et toujours émouvant.

Chaque semaine, en page 3 de notre magazine, c’est Nicolas qui donne le ton : indépendance, créativité, intelligence, originalité. Pile-poil dans notre ADN depuis trente ans. L’âge de notre magazine cette année. Un événement majeur pour couronner un succès exceptionnel. Plus que jamais, Le Vif/L’Express s’impose comme LE news francophone de Belgique. Et Nicolas est bien son porte-drapeau, son fer de lance, son iconographie de référence.

Par pudeur, nous tairons notre immense fierté quand il a reçu, c’était en 2011, le deuxième et le troisième prix du Press Cartoon pour des dessins consacrés à Jean-Pierre Bemba et Berlusconi parus dans nos colonnes ! Mais confessons-le quand même, avec Kiko, le chat vert dont les cabrioles accompagnent ses planches mordantes, nous étions drôlement heureux. A l’aube d’un nouveau cycle de 30 ans qui devrait nous entraîner dans de nouvelles aventures journalistiques aussi riches que palpitantes, oui, avouons-le tout net : pas question de nous y risquer sans Vadot.

 
Extraits