Les années Trump

Préface

Donald Trump, ou l’hallucination collective

Dans la nuit du 8 novembre 2016, plutôt que de rester éveillé à regarder la soirée électorale américaine, je décide de me coucher relativement tôt en me disant qu’il faudra que je sois frais le lendemain matin pour dessiner sur la victoire – probable – d’Hillary Clinton.
Hillary, le moindre mal.
J’ai quand-même mis le réveil à 5 heures, car mon journal me demande un dessin pour son édition digitale spéciale du matin. Finalement, je me lève bien plus tôt. Comme un pressentiment, peut-être…
Et là, boum, le choc, les « swing states » qui font inexorablement pencher la balance du côté de Donald Trump. On aperçoit la tête déconfite de son épouse Melania, qui vit elle aussi un cauchemar éveillé, peut-être encore plus que les présentateurs de CNN, en direct à l’antenne. Son bateleur de foire de mari n’avait absolument pas prévu de gagner et n’a pas la moindre idée de la manière avec laquelle on dirige la plus grande puissance mondiale. Quatre ans plus tard, le constat est à peu près le même.
Mais s’il y a une qualité que l’on peut aisément reconnaître à Donald Trump, c’est la résilience et la résistance à tout : scandales sexuels, magouilles, Russiagate, procédure de destitution à propos de l’affaire ukrainienne, coronavirus, etc. : rien n’est parvenu à le déstabiliser et chaque bataille l’a rendu encore plus populaire parmi les white trash américains, ces populations blanches déclassées qui ne jurent que par lui car, comme il l’explique : « Je suis comme eux. En plus riche. »
D’autant plus que l’économie américaine est florissante, du moins en apparence, puisqu’il a creusé le déficit public et la dette, à coup de baisses d’impôts et de guerre commerciales féroces avec le monde entier. Et ça, c’était avant le Covid-19…
Il s’est acoquiné avec les dictateurs en Corée du Nord, en Égypte et en Arabie saoudite, a déménagé l’ambassade israélienne à Jérusalem, au risque d’embraser le Proche-Orient ; menacé d’anéantir l’Iran, allumé la guerre commerciale avec la Chine, insulté l’Union européenne et le Canada et retiré son pays de l’accord de Paris sur le climat. Car pour lui, le réchauffement climatique est un « hoax », une « fake news » aussi méprisable que les journalistes, ces « ennemis du peuple » auxquels il voue une haine sans nom, sauf quelques-uns de ses amis sur Fox News.
Symptôme d’une époque qui a perdu son intelligence en se noyant dans les réseaux soi-disant sociaux – qu’il affectionne tout particulièrement, dirigeant le monde via Twitter, avec lequel il entrera également en conflit – Donald Trump est un président qui restera dans l’histoire. Les générations futures se demanderont certainement comment un type pareil a pu accéder à la Maison-Blanche.
Ou peut-être avons-nous tous vécu une expérience hallucinogène de quatre ans.

Enfin, Donald Trump – le premier président punk – a transformé le métier de dessinateur de presse : quand on le représente, ce n’est plus de la caricature, mais du simple dessin d’observation.