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SEPT ANS DE BONHEUR

 

 

 

Bande annonce

Présentation

Plat avant et plat arrière

Préface de Bruno Colmant

PDF des chapitres 2008 - 2009

Extraits de dessins chapitres 2010 à 2015

Making Of

Le journal d’un financement

"Post scriptum", par Plantu

Impressions des édinautes

Revue de presse

 

 

 

 

Le journal d’un financement

 

Un projet inédit bouclé en trois mois, retour sur un pari qui était très loin d’être gagné d’avance.

 

Petit retour en arrière…

 

J’étais sous contrat avec un autre éditeur pour trois ans, ledit contrat prenant fin au 1er septembre 2014 et je ne souhaitais pas poursuivre la collaboration avec eux.

 

Dès le mois de février 2014, j’ai donc pris contact avec Patrick Pinchart , le patron de Sandawe, pour imaginer une nouvelle collaboration, trois ans après « Maudit Mardi ».

Deux scénarios de BD étaient écrits et prêts à l’emploi (ils le sont toujours) : l’un pour enfants, intitulé « Sweet Dreams », l’histoire d’une marmotte insomniaque qui part découvrir le monde, et l’autre, « L’Audace », dont je ne dirai pas grand chose de plus, car ce projet, dans la veine de « Maudit Mardi », risque d’être le prochain sur la liste…

 

Mais mon but premier était de tenter le coup avec un recueil de dessins politiques, à éditer en crowdfunding, ce qui ne s’était jamais réalisé auparavant.

Restait à trouver le sujet – soit un basique recueil de dessins annuels, soit un livre thématique, option retenue pour ce premier essai.

 

Et le titre m’est tombé dessus comme une évidence en marchant dans la rue : « Sept ans de malheur », consacré à la crise financière, avec une sortie prévue en septembre 2015. J’ai commencé en presse quotidienne à L’Echo en septembre 2008, pile au moment du déclenchement de la plus grave crise financière depuis 1929.

 

Le monde a mis dix ans à changer d’époque, entre le 11 septembre 2001 et le 17 décembre 2010, quand un jeune Tunisien, vendeur ambulant de fruits et légumes, s’immole par le feu, départ de la Révolution de jasmin et de ce que l’on a ensuite dénommé le Printemps arabe.

 

Cette décennie était au coeur de l’un de mes ouvrages précédents, « Onde de choc ». Au centre de cette période chaotique, la crise financière, déclenchée le 15 septembre 2008 avec la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers.

 

J’appelle Patrick Pinchart pour lui faire part de mon idée, qu’il soutient. Reste alors à trouver l’angle ainsi que le mode de financement :  classique ou « libre ».

 

Patrick me convainc d’opter pour la formule libre, plus souple, d’autant plus que les dessins sont pour la plupart déjà faits. En octobre 2014, nous finalisons le projet et décidons de le mettre sur la plate-forme Sandawe vers le 20 janvier 2015 d’abord, puis avançant les choses au 10, car Sandawe fête à ce moment-là ses cinq ans, donc autant profiter de la communication qui ira autour.

 

Je sais d’expérience que pour qu’un projet ait des chances de voir le jour, il doit être bien préparé en amont. Je m’assure donc que mon ami Pierre Saysouk est partant pour réaliser le graphisme et me mettre en page deux chapitres, à mes frais. Pierre est très important dans l’élaboration de mes recueils, car c’est à la base un dessinateur. Nous étions étudiants ensemble à l’ERG entre 1989 et 1993, il me connaît par cœur et  agit en véritable directeur artistique. Connaissant mon univers sur le bout des doigts, il peut se permettre de remettre des dessins en page, de les trafiquer dans tous les sens, sans que je n’y trouve quoi que soit à redire.

 

Deuxième étape : adapter mon site personnel. Je travaille donc avec mon webmaster Fabrice Grenson pour préparer une vitrine sur laquelle seront redirigés tous les gens qui veulent en savoir plus sur le projet. J’ai toujours travaillé comme ça, « en famille », avec des soutiens fidèles. Vingt-deux ans de maison au Vif/L’Express et huit à L’Echo : la continuité avant tout !

 

Ensuite, il me faut un nom pour la préface. Je pense tout de suite à l’économiste Bruno Colmant, avec lequel j’ai sympathisé depuis peu.

 

Ce qui me fascine chez Bruno, c’est qu’il est pétri de contradictions : catalogué « économiste de droite », ancien directeur de cabinet du ministre des Finances Didier Reynders, inventeur des intérêts notionnels – un système fiscal permettant aux grandes entreprises de déduire fiscalement leurs investissements en Belgique et ainsi payer peu d’impôts - la première fois que je le rencontre, nous discutons de… la pochette de « Sergeant Pepper » des Beatles. Je note aussi qu’il place dans chaque interview son admiration pour « Logical Song » de Supertramp, l’une de mes chansons fétiches. Un type aussi complexe ne peut pas être foncièrement mauvais. Et il s’avère en effet passionnant à écouter !

Je lui demande donc s’il aimerait m’écrire une bafouille pour mon livre… que je reçois par email 24 heures plus tard !

 

De mon côté, ayant l’habitude de faire des recueils, je souhaite absolument éviter les redites par rapport à mes autres livres, si bien qu’aucun dessin présent dans « Sept ans de malheur » ne devra avoir été publié dans mes recueils précédents, afin que les lecteurs ne se sentent pas floués.

 

Tout est donc fin prêt. Lundi 5 janvier 2015, je fais les derniers ajustements avec Patrick Pinchart, et Le Vif/L’Express m’offre une demi-page dans le numéro suivant, daté du 8 janvier, pour présenter le livre. La machine est donc prête à être lancée, le 10 janvier.

 

Mercredi 7 janvier, à 11 h 40, je reçois une alerte « Breaking News » sur mon téléphone: « Massacre à Charlie Hebdo »…

Cinq minutes plus tard, le téléphone sonne et ne s’arrêtera pas de sonner pendant plusieurs jours. Je dois répondre à des journalistes du monde entier, comme tous mes collègues, moi un peu plus que certains, en tant que vice-président de Cartooning for Peace et bilingue français-anglais.

Cinq de mes confrères viennent d’être froidement assassinés, dont Tignous, le seul que je connaissais personnellement, car il était membre de Cartooning for Peace, un type droit, drôle et absolument adorable. Quand j’avais 20 ans, il m’avait dédicacé son premier livre, intitulé « On s’énerve pour un rien », un titre tristement prémonitoire…

 

Face à une telle horreur, le lancement de mon livre devient complètement subalterne, si bien que je ne vais pas m’en occuper pendant les deux premières semaines. J’estime qu’il serait même indigne de procéder autrement. Néanmoins, les gens commencent à investir dessus, portés par l’élan de soutien à ma profession, dont je suis le bien involontaire bénéficiaire, pour le coup. L’article étant paru dans Le Vif, plus moyen de faire marche arrière.

Reprenant quelque peu mes esprits, malgré le fait que je sois parfois accompagné d’une escorte policière lorsque je vais parler de mon métier dans les écoles, je constate que fin janvier, la moitié de la somme nécessaire a déjà été réunie, soit 12 000 euros, sans guère de publicité.

 

Les élections en Grèce et la victoire de Siriza vont également rendre le projet tout à fait d’actualité, le spectre du « Grexit » - la sortie de la Grèce de la zone euro – refaisant surface, tel une boîte de Pandore.

Avant de lancer le projet, j’ai rameuté mes amis et connaissances, qui avaient en 2010 représenté 10 % du budget de « Maudit Mardi ». Pour « Sept ans de malheur », ce sera 20 %, soit plus ou moins la même somme au final, dans la mesure où le budget de « Maudit Mardi » était de 56 000 euros, contre 23 000 pour ce livre-ci.

 

Pour avoir été l’un des pionniers du crowdfunding en BD, j’en connais les règles de base : communiquer, communiquer, communiquer. Et être proactif. Dialoguer avec mes édinautes, en leur montrant qu’il y a un pilote dans l’avion (et pas de copilote dépressif – OK, désolé, mais on ne se refait pas, je reste dessinateur de presse avant tout !).

 

Le mois de février est plus difficile : 3790 euros engrangés. Le 12 février est le premier jour où personne n’investit. Mais je retrouve mes réflexes de « Maudit Mardi » : ne pas paniquer, il y a des hauts et des bas dans le financement d’un bouquin. Cependant, ici, j’ai augmenté la difficulté : je n’ai ni l’intention ni la latitude de patienter deux ans pour financer mon livre, car le dessin de presse n’a pas le facteur temps avec lui: ici, ce sera un financement « flash », en cinq mois maximum… ou pas. Si la somme n’est pas réunie le 31 mai, il n’y aura pas de livre, point barre.

 

Le premier mois m’a rendu confiant, alors que le second me fait douter.

 

Le troisième n’est guère meilleur, avec, mi-mars, cinq jours de suite à zéro euros investis. Pourtant, le projet a pris de l’ampleur, passant de 128 à 144 pages, afin de couvrir le mieux possible les années 2014 et 2015. Je demande aussi à Pierre Saysouk d’avancer dans la maquette, ce qui représente un gros risque financier, car je finance tout cela en fonds propres, jusqu’à ce que le projet soit bouclé.

Je change également le titre, sur les conseils d’un ami édinaute, qui me fait remarquer qu’un titre pareil risque de lui porter la poisse. « Sept ans de malheur » devient donc « Sept ans de bonheur », ce qui est nettement plus positif dans la sinistrose ambiante. A lui tout seul, le changement de titre me « rapporte » 700 euros d’investissements en vingt-quatre heures.

 

Vers la fin mars, je décide de relancer la machine, avec une vente quotidienne d’originaux à prix bradés, mise de départ de 100 euros par dessin, pendant dix jours. L’opération s’avère payante : à l’exception d’un dessin, tous les autres partent très vite. Puisque je fais sept cent dessins par an, je peux me permettre d’en lâcher une dizaine à prix plancher.

Je communique également beaucoup par Facebook, ma page ayant son petit succès, avec près de 7000 fans – très loin de 130 000 de Kroll, mais quand même ! – Je communique aussi très régulièrement avec mes édinautes sur l’avancement du projet.

 

Pour « Maudit Mardi », les cinquante premiers pourcents avaient été les plus difficiles à obtenir, après c’était allé tout seul, notamment le dernier quart. Je pense qu’il en sera de même ici et j’ai tort : les cinquante premiers pourcents sont très vite atteints, et les vingt-cinq derniers aussi. En revanche, le troisième quart aura été le plus laborieux, puisqu’il aura pris un mois et demi à lui tout seul.

 

Ceci dit, ne faisons pas la fine bouche : quand je vois que d’autres projets Sandawe ont mis deux ou trois ans à se financer, je n’ai pas à me plaindre, bien que mon cas soit particulier, puisque je suis publié de manière quotidienne dans l’Echo (60 000 lecteurs chaque jour) et dans le Vif/L’Express (près de 400 000 lecteurs hebdomadaires, mes pages étant situées à l’avant et à l’arrière du magazine, donc à des endroits stratégiques).

 

Je sais que j’attire des gens qui ne lisent pas de bande dessinée, mais je peux aussi faire découvrir d’autres univers aux afficionados BD habitués du site, d’autant plus que mon dessin est assez connoté ligne claire, des amis américains définissant mon travail comme « du dessin de presse façon Tintin », ce que je prends pour un grand compliment.

 

Début avril , afin de porter l’estocade, je décide de mettre l’illu de couverture aux enchères, qui partira pour 320 euros le 7 avril, amenant le projet à 97 % , le solde venant tout seul, comme c’est toujours le cas en fin de financement.

 

C’est donc comme cela que s’est financé Sept ans de bonheur, un livre qui critique les dérives du capitalisme, tout en ayant recours… au capitalisme, mais au capitalisme vertueux (je sens déjà les cheveux se dresser sur la tête des militants d’extrême gauche…). Qu’est-ce que le capitalisme vertueux ? Eh bien c’est simple : quelqu’un a une idée, un projet, un concept, mais pas d’argent. Il va chercher des investisseurs prêts à le financer et qui toucheront des dividendes en cas de succès.

Dans le cas qui nous occupe, il ne s’agit pas d’un intéressement aux bénéfices, puisque c’est un projet libre, mais des bonus aux petits oignons, clairement définis dès le départ…

 

Si l’on fait les comptes, 260 euros ont en moyenne été investis par jour (en trois mois, donc), avec cinq jours à plus de 1000 euros, la pointe étant atteinte le 28 janvier, avec 1540 euros. A l’autre bout de la liste, quinze jours se sont soldés par un zéro pointé. Le plus gros investisseur (Mimassa) a investi 1360 euros, alors que dix personnes ont misé le minimum, soit 10 euros.

 

Je suis en tout cas ravi de cette aventure et de mes quelques 300 édinautes qui ont porté avec moi ce projet un peu différent, qui sortira en librairie, pour le grand public cette fois-ci, le 9 septembre 2015…

 

Le projet étant libre, il reste ouvert au financement pendant encore trois mois, pour ceux qui souhaiteraient bénéficier des nombreux bonus exclusifs hors-commerce.

 

Le crowdfunding n’en est qu’au début de l’aventure, mais quel plaisir de tracer de nouvelles routes ensemble…

 

D’autres voies sont possibles et les auteurs n’ont plus à être de la chair à canon éditoriale, ils peuvent se prendre en main eux-mêmes et devenir de véritables auteurs/producteurs, en travaillant en collaboration avec des éditeurs, et non plus uniquement au service de ceux-ci. C’est là que réside l’avenir, bien que tout reste encore à inventer !

 

Merci à toutes et tous !

 

Cerise sur le gâteau, une guest-star se joint à l’aventure : Plantu, le dessinateur du Monde m’écrit fin mars pour me dire « Si tu as besoin d’un texte pour ton prochain livre, je le fais avec plaisir ! ».

La préface étant déjà prise par Bruno Colmant, je décline dans un premier temps l’offre de Plantu, me réservant son texte pour le recueil suivant. Puis je me dis que c’est trop bête.

Il viendra donc en postface, juste retour des choses pour celui qui fut mon idole quand j’ai commencé et avec lequel je travaille aujourd’hui de manière très régulière au sein de Cartooning for Peace.

 

Bruno Colmant en hors-d’oeuvre et Plantu en pousse-café, que demander de plus ?

 

 


    
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