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INTERVIEWS

 

 

 

 

 

 

 

 

Les dessins de la semaine

 

 

 

 

 
 
Interview réalisée par Laurent Jottard, alias Jot 001, l'un des 170 édinautes de "Maudit Mardi!"
 
Pourquoi avoir choisi Sandawe ? Et comment avez-vous connu Sandawe ?
 
J'ai "choisi" Sandawe par défaut, tout simplement: "Maudit Mardi!" venait d'être refusé par tous les gros éditeurs, dont Casterman, chez qui je venais de faire deux albums ("80 Jours" et "Neuf Mois") qui avaient reçu un bon - voire excellent - accueil critique, mais qui n'avaient pas marché du tout. "Maudit Mardi !" remballé partout, j'avais décidé d'arrêter la BD, d'autant que ma carrière de dessinateur de presse me prend énormément de temps, avec beaucoup plus de succès ! Nous étions en septembre 2009.
Trois mois plus tard, début janvier 2010, je tombe sur un billet de Thierry Bellefroid sur les ondes de La Première (RTBF), qui parle du lancement de Sandawe. Le concept me paraissait génial, c'était la première fois depuis longtemps que j'avais l'impression de tomber sur un éditeur qui pense vraiment au futur avec des idées novatrices. Comme je tenais beaucoup à "Maudit Mardi!" - notamment le scénario -, je tente ma chance, par acquis de conscience. Patrick Pinchart, patron de Sandawe, me répond tout de suite. Il était un fan de ma série "Norbert l'Imaginaire", publiée au Lombard au début des années 2000 et se dit prêt à tenter le coup avec ce nouveau projet.
En le lançant, je savais que je jouais ma dernière cartouche, car si personne n'investissait dessus, le projet était mort pour de bon... et ma carrière d'auteur de BD aussi ! Mais dans la vie, il faut savoir prendre des risques...
Et là, miracle, l'album a été financé en trois mois, alors qu'on s'était donné un an... et l'accueil des édinautes est depuis lors fantastique, d'autant que je les tiens informés au fur et à mesure de la création du livre. Ils adorent et en redemandent...
Le financement a eu du mal à décoller, il a fallu presque trois mois pour arriver à 50 %. Et puis la machine s'est emballée au cœur de l'été 2010, et les 50 % restants ont été bouclés en... trois jours, soit 17 000 euros. C'était de la folie !
 
Quel est votre parcours professionnel ?
 
J'ai fait mes études en communication visuelle à L'ERG, à Bruxelles, dont je suis sorti en 1993. J'ai commencé à publier mes premiers dessins politiques dans Le Vif/L'Express début 1994. Je m'y suis imposé petit à petit et en 1999, le journal m'a donné ma propre rubrique, "La Semaine de Vadot", en dernière page du journal. En 2007, j'ai également obtenu la page 3, si bien que les lecteurs commencent et terminent leur magazine avec moi. En 2008, j'ai été engagé par le quotidien financier L'Echo, pour lequel je réalise un dessin éditorial chaque jour. Je travaille aussi pour leur supplément, Mon argent, dans lequel j'ai développé le personnage de Pig Spender. Je publie 600 dessins par an, dont certains sont également repris par Cartooning For Peace (dont je suis membre) et par Courrier International.
Parallèlement à cela, je suis donc auteur de bandes dessinées: la trilogie Norbert L'Imaginaire (avec Olivier Guéret, co-scénariste), publiée entre 2001 et 2004, puis deux albums chez Casterman, évoqués plus haut - "80 Jours", toujours avec Olivier Guéret, et "Neuf Mois", premier album solo - En attendant "Maudit Mardi !", prévu pour... 2012. J'ai aussi publié des recueils de dessins de presse, notamment "The Bush Years", 128 pages sur les années Bush, publié dans le monde anglophone en 2007, et "200 dessins qui fâchent", sorti en 2010 aux éditions Renaissance du livre.
 
Que raconte l'histoire de "Maudit Mardi !" ?
 
Ce sont deux histoires en une. La première sert d'appât narratif: c'est l'histoire d'un type qui apprend quel jour de la semaine il va mourir: un mardi. Mais il ne sait pas lequel: ça peut être le prochain, celui d'après, dans un mois ou dans cinquante ans. Résultat: six jours sur sept, il est indestructible, mais un jour sur sept, il est mort de peur. Ce "pitch" pourrait en soi faire un bon scénario, mais en creusant l'histoire, je me suis vite rendu compte que cela resterait au niveau de l'artifice narratif si je ne m'en servais pas pour parler d'autre chose. J'ai donc croisé cette idée avec une autre: un type qui se réveille enraciné sur une plage, et qui doit se déraciner - au sens littéral du terme - pour trouver qui il est. Le fait de mélanger ces deux histoires qui, l'une comme l'autre, pourraient se suffire à elles-mêmes, constitue le principal piège scénaristique de cet album, mais c'est aussi ce qui le rend d'autant plus excitant, à mes yeux, bien que certains vont estimer que les deux idées se parasitent l'une l'autre...
Avec le pitch initial de "Maudit Mardi !" - le type qui apprend quel jour de la semaine il va mourir - on pourrait très vite imaginer une histoire de super-héros aux pieds d'argile, ce qui était ma première intention. Mais au contraire, je prends le contre-pied et j'en fais un récit intimiste... On verra si les gens suivent.
 
Est-ce que vous pouvez présenter les personnages ? Qui est qui ? Et qu'est-ce qu'ils font dans l'histoire ?
 
Le personnage principal s'appelle Achille. Menuisier, grand, barbu, toujours coiffé d'un chapeau de cowboy et un peu bourru, célibataire d'une quarantaine d'années, il vient de perdre ses deux parents, simultanément. Un soir, il s'endort sur la plage de son île paumée, en regardant passer les bateaux. Et se rend compte qu'il a pris racine sur cette plage, au sens premier du terme. Mais une tempête se pointe à l'horizon et il a intérêt à vite se déraciner, pour éviter la noyade. Il se coupe donc les pieds à la hache, rampe jusqu'à son atelier, se fabrique de faux pieds en bois, fait ses valises et prend le premier bateau qui passe, direction Hawkmoon, "la ville de tous les excès".
Les deux autres personnages sont féminins: Rebecca, son amour de jeunesse, qui a quitté l'île pour habiter dans la grande ville de Hawkmoon et qu'il va tenter d'aller rejoindre, alors qu'ils ne se sont plus vus depuis 20 ans. Rebecca avait tenté d'entretenir une correspondance avec Achille, mais celle-ci était restée lettre morte. Seulement en 20 ans, beaucoup de choses ont changé dans la vie de Rebecca...
Le second personnage féminin s'appelle Selina, une jeune serveuse de bar qui vient de la même île perdue que les deux autres protagonistes, qui est elle aussi montée à Hawkmoon, pour y assouvir son rêve: devenir danseuse de claquettes.
Et puis il y a des mouettes, qui agissent comme anges gardiens.
Les trois personnages vont donc se croiser - et plus si affinités - dans cette grande mégapole dont ils sont tous trois étrangers, à des degrés divers. Sauf qu'Achille cache son secret: il marche avec des prothèses. Peut-on cacher longtemps une telle infirmité, surtout devant une femme ? Voilà toute l'intrigue... Le scénario oscille constamment entre réalisme et fantastique, comme tous mes autres albums, du reste...
 
Y aura-t-il une suite de cet album ?
 
Non, c'est un "one shot". Je prends les albums un par un. J'ai d'autres projets BD en tête, mais chaque chose en son temps !
 
Je sais que vous aller insérer tous vos édinautes dans votre BD mais est-ce que vous savez comment procéder ?

Et pouvez-me dire comment vous allez insérer mon pseudo dans l'album ?

 
Le vôtre, c'est déjà fait: vous êtes sur une plaque d'immatriculation d'une voiture qui passe devant la maison de Rebecca ! Sinon, je prends ma liste d'édinautes et j'en case dans presque toutes les pages: devanture de magasin, marque de bouteille, arrière d'autobus, plaquettes de rue, stations de métro, ou... plaque d'immatriculation ! J'essaie de le faire de manière discrète, afin de ne pas perturber la lecture pour les non-initiés. Mais je trouvais que c'était un bon clin d'œil à faire à chacun(e) des 170 personnes qui ont investi, entre 10 et... 7000 euros (!!!) sur ce projet. C'est vraiment un nouveau rapport qui se créé entre l'auteur et ses lecteurs, et cela court-circuite pas mal de postes "marketing" un peu inutiles qu'on trouve chez certains éditeurs. Ici, l'album a déjà gagné de l'argent avant même d'exister ! Et si il fonctionne bien, ces internautes-actionnaires gagneront même des sous. C'est vraiment l'avenir, je pense, d'autant que le livre sortira simultanément en français et en anglais, dans sa version numérique. La version papier ne sera produite qu'en français, pour sa part.
On est là dans le capitalisme noble, si j'ose dire. Le capitalisme est fortement - et à juste titre - décrié depuis la crise financière, parce qu'il a été perverti par le monde de la spéculation. Mais ici, rien de tout cela: les gens investissent pour aider des projets à se monter. Ils feront peut-être des bénéfices, mais ceux-ci seront une conséquence, pas un but en soi.
 
Et maintenant, je vais vous poser une question différente : quels sont les 3 conseils que vous pourriez donner à un jeune auteur qui veut créer une BD comme vous ?
 
1 : Qu'il (ou elle) ait le feu sacré et qu'il travaille beaucoup.
2: Qu'il soit persévérant, qu'il creuse son propre sillon, sans chercher à copier ce qui se fait déjà, en tâchant de réfléchir au médium qu'est la bande dessinée, sans chercher à singer d'autres arts, que ce soit le cinéma, la littérature ou l'art contemporain. La BD est un art en soi, passionnant à explorer.
3: Qu'il n'oublie pas que le plus important ne réside non pas dans ce que l'on fait, mais dans ce que l'on transmet au lecteur. Bref, il faut raconter SON histoire (gage d'authenticité) en donnant l'impression au lecteur qu'on lui raconte la sienne (gage d'intérêt) !
 
Et voici la dernière question pour la fin : quel sera le mot pour la fin ?
 
Je vous laisse, je dois terminer la planche 34 de "Maudit Mardi !", réfléchir sur la situation en Égypte, en Tunisie et dans le reste du monde arabe, sur la prochaine étape en vue de tenter d'essayer de peut-être un jour former un gouvernement en Belgique, sur l'élection de Charles Michel à la présidence du MR... et donner le bain à mes enfants !
Sinon, rendez-vous vers la première partie de l'année 2012, pour la sortie de "Maudit Mardi" !
 

 


    
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