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Chroniques

 

 

 

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Raconte-moi des Salah.


Putain d’enfoiré de petit merdeux de Salah Abdeslam. Oui, je sais, dans la presse sérieuse, on se doit de parler en termes châtiés, mais moi je suis dessinateur, alors j’ai le droit. Et en plus, ça soulage.


Salah Abdeslam est né le 15 septembre 1989, pile au moment où je commençais mes études supérieures artistiques pour devenir dessinateur de presse. L’inspiration ne manquait pas à l’époque, puisque le Mur de Berlin allait bientôt s’écrouler, le monde changer du tout au tout et accoucher de l’instabilité chronique d’aujourd’hui, où des guerres de plus en plus chaudes ont remplacé la froide.


En 1994, Salah n’avait pas encore cinq ans quand j’ai entendu pour la première fois parler d’internet, un matin à la radio. Le chroniqueur nous évoquait ces « autoroutes de l’information » qui allaient bientôt chambouler nos vies. J’y avais prêté une oreille distraite, car tout cela m’avait l’air vraiment trop abstrait.


La petite frappe molenbeekoise n’en était pas encore une le 26 avril 2001 – il avait onze ans – lorsque fut lancé « Loft Story ». Loana prenait le taureau par les cornes (et pas que par les cornes, d’ailleurs) dans la piscine du Loft, filmée par des dizaines de caméras qui diffusaient 24 heures sur 24 ce nouvel océan de vacuité inhérent au monde moderne.

 

La télé-réalité venait de faire sa fracassante entrée en Europe et désormais, être reconnu – pour ses mérites ou son talent - n’avait plus aucune importance. Etre connu suffisait. Loana est à la culture actuelle du « Like » ce qu’Agecanonix est à l’univers d’Astérix : son ancêtre. Sauf qu’Agecanonix ne craint pas les ravages du temps, lui.


Le 11 septembre de la même année, quatre jours avant son anniversaire, je ne sais pas ce que ce trou du c… (oups, pardon, ça me reprend) de Salah Abdeslam a pensé en voyant les tours jumelles de New York se faire percuter par deux avions détournés par une vingtaine d’abrutis qu’il allait imiter quatorze ans plus tard. Je ne sais pas si Salah a jamais écouté The Rising, ce formidable album de Bruce Springsteen consacré aux victimes du 11-Septembre, un disque toujours d’une épouvantable actualité.


En 2003, Salah avait 14 ans et probablement déjà la rage au ventre, la médiocrité à fleur de peau et la haine du monde presque aussi forte que celle de lui-même. Comment a-t-il réagi face à l’invasion de l’Irak par Bush et Blair ? Savait-il d’ailleurs qui était Saddam Hussein ?
Salah n’était pas très assidu à l’école, il avait d’autres chats à fouetter et des copains pas très recommandables. Mais il avait peut-être déjà inconsciemment commencé à ruminer une haine de l’Occident, pointé comme responsable d’une croisade contre une terre d’islam.


L’islam ? Ah oui, tiens, c’est vrai, il avait oublié qu’il était musulman. Et d’ailleurs, il s’en foutait pas mal, Salah, à 14 ans, d’être musulman, chrétien, bouddhiste ou athée, du moment qu’il pouvait faire la fête, draguer des filles et fumer des pétards. Un ket, quoi.


Son bourgmestre paternaliste avait une tête de colon anglais tout droit sorti d’un album de Blake & Mortimer, mais se montrait bienveillant envers les copains à longues barbes de Salah, du moment qu’ils votaient tous pour lui.
Salah avait 21 ans – l’âge de raison ? – quand le régime Ben Ali est tombé en Tunisie, formidable espoir d’une véritable révolution démocratique dans le monde arabe. Espoir vite douché, on le sait, avec en point d’orgue le conflit syrien.
La cadet des Abdeslam passait-il son temps défoncé à jouer à des jeux vidéos ultra-violents ? Toujours est-il qu’en surfant sur le Web, il a découvert que Raqqa, là-bas dans le désert, était devenu un « Grand Theft Auto » à ciel ouvert, où toute violence était permise et encouragée. Un monde frustration-free.


Chute du mur de Berlin, invention d’internet, jeunesse ghettoïsée, célébrité d’opérette, guerre en Irak, printemps arabe et Etat islamique : tous ces ingrédients se sont-ils mélangés dans la petite tête de c… (ah non, ça recommence !) de Salah Abdeslam ? Je ne sais pas. Lui non plus d’ailleurs, à mon avis.


Mais le 15 septembre 1989, jamais je ne me serais dit que j’allais écrire 27 ans plus tard un texte m’interrogeant sur les motivations d’un terroriste qui venait de naître ici, à Bruxelles, à deux ou trois kilomètres de moi.

 


    
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