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La complainte de l’accent circonflexe - 6 février 2016 (inédit)


Oui, je sais, vous allez me dire qu’il y a des gens plus malheureux sur terre que moi, l’accent circonflexe.
Pourtant, je vous demande un peu d’attention, car pour moi l’heure est grave et ma peine aigue, ce qui est après tout bien normal pour quelqu’un qui est la somme des deux accents précités.


Pourquoi s’en prend-on à moi, qui possède la forme d’un toit, symbole de ce logis abritant ces lettres autrefois présentes mais dorénavant disparues qui peuplaient nos honnêtes forêts faites de bâtiments côtoyant entrepôts et théâtres enjôleurs ? Moi, l’accent circonflexe, j’étais le Fedasil des SDF de l’alphabet, le cœur sur la main et le chapeau des fêlures orthographiques.


Trêve de châtiments : me voilà bientôt au chômage, ou en tout cas au chômage partiel, ô rage, ô désespoir, ô marâtre ennemie, n’ai-je donc tant vécu que pour cette infâmie (oui, je sais, « infamie » ne prend pas d’accent circonflexe, mais je trouve que cela lui donne plus de prestance).


Regardez-les, tous ces correcteurs en rang d’oignon - vous l’écrivez comme vous voulez- qui vont s’arracher les cheveux, allant, dans une quête sans relâche, à la pêche aux trop-plein d’accents circonflexes. Que les écoliers soient prévenus : on va leur ôter des points en les traitant de benêts enjôleurs aussitôt qu’ils circonflexeront à tout va. Attention au blâme et au bonnet d’âne.


Cerise sur le gâteau : en plus d’être malhonnête, cette réforme qui rêve de tout simplifier coupe de surcroît la poire en deux, créant une différence de traitement entre les lettres, telle une pâteuse pimbêche.


Le O et le A resteront à l’abri, tandis que le U et le I seront livrés aux intempéries grammaticales, blêmes, frêles, tête bêche et l’âme en peine.


Chaînon manquant de la maîtrise de l’orthographe, je refuse d’être ainsi cloîtré dans un gîte au bord de l’abîme, forcé de dîner tout seul, ma flûte à la main, et de me fermer comme un huître, tout ça parce que les neurones (sans accent) de nos têtes blondes ne tolèreraient plus de nuances dans la prononciation – symptôme d’une époque sans-gêne bien peu ragoûtante - alors que seule une oreille aguerrie à la langue de Molière fait la différence entre une tache et une tâche, entre quelqu’un qui croit et quelqu’un qui croît.


Pas folle, la guêpe ! Je ne mâche pas mes mots, moi, Monsieur. Je suis la clé de voûte de la finesse de la langue française, la fraîche piqûre de rappel d’une histoire ancestrale, brûlure acariâtre âprement défendue au fil des siècles, icône hâlée de la bienséance grammaticale.


Tout cela est bien fâcheux et je ne me laisserai pas ainsi gâcher, je ne marche pas à tâtons et je le rabâcherai à nos pâlichons et opiniâtres édiles ministériels, quitte à soûler ces traînards et autres traîne-savates qui trônent sur leurs certitudes en hâblant à tue-tête qu’il faut impérativement tout simplifier.
Je vais leur dire, moi, qu’ils sont au ras des pâquerettes dans leur lâche et saumâtre attitude sans-gêne vis-à-vis de moi, l’accent circonflexe.


Le correcteur d’orthographe n’a pas encore souligné de rouge les mots ayant la bonté de m’accueillir dans mon hâtive requête en reconnaissance. Mais ce n’est, paraît-il, que partie remise. Ils vont bientôt me châtier, voire châtrer à brûle-pourpoint, tel un bellâtre en pleine débâcle. Je m’arrête là, de grâce.


Eurêka, je sors par la fenêtre et m’en vais flâner tel une pâle icône défraîchie.
Mais sachez-le, je m’en vais fâché.

 


    
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