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Chroniques

 

 

 

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Bonne année 2016...


J’ai toujours en tête cette planche de Nouvel An de Gaston Lagaffe, où Gaston, enrhumé jusqu’au fin fond des narines, embrasse tout le monde alors qu’il passe de bureau en bureau en souhaitant « Bonne année » à chacun et chacune (car il n’a évidemment pas oublié Mademoiselle Jeanne). A la fin de la planche, Gaston a réussi à refiler ses microbes à tous ses collègues qui le dévisagent, le regard noir, alors que notre gaffeur invétéré ajoute : « Et surtout, bonne santé ! ».


Ambivalence entre les intentions louables et les actes qui en découlent – ou qui en coulent, dans le cas du nez de Gaston : tout le génie de Franquin est résumé dans ce gag, à l’heure où ses célèbres « Idées noires » feraient presque office d’antidépresseur, comparées au chaos anxiogène que nous déverse l’actualité 365 jours par an.


Je ne sais pas vous, mais moi j’ai toujours détesté la saint Sylvestre. D’abord parce qu’on n’a pas idée d’appeler son fils Sylvestre, sauf peut-être dans la famille Stallone. Si vous portez un prénom pareil, vous abordez avec appréhension le dernier jour de chaque année en maudissant vos parents de ne pas vous avoir appelé Dylan ou Kevin comme tout le monde. « Bonne fête Sylvestre, hu hu hu ! » au mieux ; « Bonne fête Rambo, ha ha ha ! » au pire. Tous les Sylvestre du monde ne rêvent que d’une chose : qu’on soit enfin le 1er janvier, comme ça ils auront 364 jours devant eux pour qu’on leur lâche un peu la grappe.


Mais surtout, j’ai l’impression qu’on se souhaite « bonne année » de la même manière qu’on se souhaite « bonne chance » quand on tente d’attraper un train de la SNCB qui ne soit ni en panne, ni en retard, ni en grève.


A ce propos, avis aux terroristes, si vous souhaitez faire exploser un train, évitez le 6 et 7 janvier (l’anniversaire des attentats de Charlie ! Marc Goblet a pensé à tout, surtout à la sécurité des voyageurs !), vous risquez de passer pour des couillons quand vous déclencherez votre ceinture d’explosifs sur un quai vide et blafard de la gare de Midi.


On se souhaite donc la bonne année pour conjurer le sort, pour se croire hors de danger le temps d’une année entière. Par exemple, je plains les amis de Vincent Kompany qui risquent de s’en prendre une au moment où ils lui souhaiteront le meilleur pour 2016, lui qui risque de regarder l’Euro à la télé, le moral dans les chaussettes, pile au niveau de son mollet ayant fait une rechute après seulement neuf minutes de jeu lors du « Boxing Day » outre-Manche.


Oserait-on souhaiter une bonne année aux Somaliens, aux Syriens ou a Donald Trump (ou alors lui, il faudrait la lui souhaiter en arabe, juste pour rire) ?


Car après tout, 2016 commence à peine qu’elle nous apporte déjà son lot de mauvaises nouvelles : le prix du timbre va augmenter - passe encore - mais surtout, la chirurgie esthétique sera dorénavant soumise à la TVA (21%), une mesure qui devrait rapporter 80 millions par an à l’Etat. Quelle belle fable : dans le cadre du tax-shift, vos impôts s’offrent un lifting, mais ce dernier va vous coûter plus cher, tout ça pour vous donner l’illusion de retrouver votre jeunesse d’antan ou d’être moins taxé qu’en 2015 !  Le pauvre Bernard Tapie, qui paraît dix ans de moins à chaque scandale, joue décidément de malchance, lui qui pensait que la Belgique serait un havre de paix pour son portefeuille et son Botox.


J’en reviens à une autre aventure de Gaston Lagaffe : ce dernier se retrouve au volant de sa voiture avec Prunelle comme passager, en plein hiver et alors qu’une purée de pois indescriptible s’abat sur eux. « Arrêtez-vous, Gaston, on n’y voit rien ! », s’exclame Prunelle. Et l’autre de lui répondre, fort à propos : « Mais on n’y verra pas plus si on s’arrête, malin ! ». Nouvelle métaphore franquinesque du monde qui nous entoure : notre époque est dans le brouillard, mais on continue d’avancer en se souhaitant une bonne année, parce qu’il faut bien vivre, coûte que coûte, l’immobilisme n’ayant pour seule vertu que de reculer toute échéance douloureuse, demandez aux Grecs.


A la fin du gag, Gaston et Prunelle prennent une mauvaise route et se retrouvent sur un canal gelé, n’y voyant pas à deux mètres, et entrent en collision avec… une péniche.


Je ne sais pas quelle forme prendra cette péniche en 2016, mais la route se révèle suffisamment glissante voire casse-gueule pour avoir soudain envie d’écouter Prunelle et de marquer un stop, ne fût-ce que le temps de quelques jours – la période des vœux – afin de profiter du moment présent. « Faut pas penser à demain, et tu tiens », chantait William Sheller.

 

Donc en ce premier samedi de 2016, embrassons-nous et respirons tous un peu d’insouciance : bonne année à toutes et tous.

 


    
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