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Chroniques

 

 

 

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Putain de vendredi 13


Un vendredi sur trois, en fin d’après-midi, je prends le Thalys pour Paris et je me rends aux studios de France 24 afin de participer vers 19 heures à l’émission « Une semaine dans le monde », qui décrypte l’actualité de la semaine écoulée. J’y présente les images de mes confrères dessinateurs de presse du monde entier et membres de l’association « Cartooning for Peace », créée par Plantu et Kofi Annan en 2006 après l’affaire des caricatures danoises. Je fais l’aller-retour dans la soirée et je rentre à Bruxelles avec le dernier train, celui de 21h55.


Cette semaine, j’ai notamment montré les dessins venus du Liban, relatifs aux attentats de Beyrouth survenus jeudi dernier.


Ce vendredi 13 novembre, rien n’allait correctement : les Thalys avaient tous du retard, en raison d’intempéries aux Pays-Bas. Une fois arrivé dans la capitale française, mon taxi a mis un temps fou à s’extraire du quartier de la gare du Nord. La ville était noire de monde.


Regardant les fenêtres éclairées des (petits) appartements du centre de la Ville lumière, souvent situés au-dessus de vitrines de magasins aussi chics que vastes avec de hauts plafonds accentuant le sentiment d’espace, je me faisais la réflexion que les Parisiens sont quand même fous : ils vivent dans des boîtes à chaussures mais dépensent leur argent dans d’immenses temples commerciaux.


Puis, observant les terrasses de cafés bondées malgré des frimas de l’automne, mon regard s’est arrêté sur deux jeunes femmes éclatant de rire après avoir échangé une plaisanterie avec le serveur venu leur apporter leur « demi » du vendredi soir. Il était 18 heures 30 et ces deux jeunes femmes démarraient leur week-end en se détendant après une semaine de stress, elles qui habitent peut-être dans l’une de ces boîtes à chaussures évoquées plus haut. « C’est ça qui est quand même génial à Paris, pensais-je en les regardant, cette culture de la terrasse de café, ça leur évite de devenir dingues, eux qui acceptent de payer 1000 euros par mois pour vivre dans 25 m2 »
L’émission terminée, vers 20 heures, je papotais avec Zyad Liman, qui dirige Afrique Magazine, et qui me demandait comment ça allait en Belgique, onze mois après les attentats de Charlie. Je lui ai répondu un truc du genre « Oui oui, on commence à tourner la page ».


Et puis j’ai pris mon taxi en sens inverse, passant pas loin du quartier République que je connais bien, pour avoir habité dans ma jeunesse boulevard Voltaire. D’ailleurs, ma nièce de 24 ans habite elle aussi par là, à 100 mètres du Bataclan, une salle où elle a travaillé il y a quelques mois, dans le restaurant.


Certains vendredis quand je suis à Paris, je casse la croûte pendant une heure dans une brasserie située en face de la gare du Nord, avant de prendre mon train. Je retourne ainsi à Bruxelles le ventre plein et la tête un peu dans les étoiles, grâce à la demi-bouteille de Saint-Estèphe que je sirote en prenant mon repas. Et à 21h55, un peu pompette, je reprends mon Thalys. C’est ce que j’ai fait vendredi 13 novembre.


Quelques minutes avant le massacre.
Dans le train, je suivais sur mon smartphone la belle prestation des Diables Rouges contre l’Italie. J’adore le football, cette métaphore du monde.
Le Saint-Estèphe (et, je l’avoue, le petit calva qui avait suivi en guise de pousse-café) faisant leur effet, j’étais dans un demi-sommeil, bercé par le ronronnement du train, en gardant néanmoins toujours en tête qu’un taré allait peut-être surgir des toilettes avec une kalachnikov. Mais non, enfin ! Si un terroriste voulait faire un carton, il n’allait pas choisir le dernier train, toujours à moitié rempli. On se rassure comme on peut.


Pour passer le temps, je regardais des photos de mes enfants. C’est difficile, d’élever des enfants, surtout dans cette époque devenue folle, mais le jeu en vaut la chandelle. Quel bonheur d’être parent.
J’écoutais « Fast Forward », le dernier album de Joe Jackson, l’un des meilleurs de sa carrière, du niveau de « Blaze of Glory », pour les initiés, un disque sorti en 1989, alors que les kamikazes du Bataclan n’étaient même pas nés.
Et puis une alerte de l’Echo est apparue : « Carnage à Paris. Plusieurs morts. »
On connaît la suite.


J’espère que les deux jeunes femmes qui riaient en terrasse n’étaient pas fans de « Eagles of Death Metal », ou qu’elles n’ont pas poursuivi leur chemin vers la rue de Charonne après leur premier « demi » de 18 h 30.
Ma nièce est saine et sauve. Les Diables ont gagné, mais Marc Wilmots n’en avait cure, alors qu’il venait quand même de se payer l’Italie. Les Bleus de Didier Deschamps ont battu l’Allemagne, une sacrée performance. Mais ça aussi, tout le monde s’en cogne. Même la sextape de Valbuena est devenue dérisoire, c’est dire...


De mon côté, je sirotais mon calva à moins de quatre kilomètres du Bataclan.  Et si les kamikazes avaient décidé de frapper le quartier gare du Nord plutôt que le Bataclan ? Et s’ils avaient agi une demi-heure plus tôt ? Et si ? Et si ? Comme le dit l’adage, avec des « si », on mettrait Paris en bouteille. Depuis vendredi soir, elle est sous camisole.
Je suis rentré chez moi, j’ai embrassé mes enfants qui dormaient profondément. Ils sont encore plus beaux en vrai qu’en photo. La vie continue et je vais encore une fois dessiner sur les plaies de ce monde. Si Dieu me prête vie, moi qui suis pourtant athée.

 

Putain de vendredi 13.

 


    
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