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Madame Ronchard

 

 

 

Présentation

Note d'intention

Casting

Premières planches

Making of #1

Making of #2

Making of #3

Making of #4

Making of #5

Making of #6

Making of #7

L'interview de Mme Ronchard

Lien vers le projet sur Sandawe

 

Making of #3 : Café des sports – planches 9 à 13.

 

       

Comme je crée un univers de toutes pièces – le Pleutoultan – je dois en début de récit fonctionner de manière chorale, en présentant les personnages un à un, comme des « snapshots ». Mais pour ne pas lasser le lecteur et éviter de donner l’impression de lui montrer uniquement un catalogue de personnages ou de situations, il faut à un moment entrer dans l’histoire et déjà commencer à creuser la psychologie de ce petit théâtre.

C’est le cas de cette séquence, qui va nous permettre de faire vraiment connaissance avec Madame Ronchard, après sa présentation rapide, devant sa télé, planches 3 et 4.

   
 
 

La première case de la scène est d’ailleurs la même que celle de la planche 4, sauf que cela se passe ici de jour et non plus de nuit. C’est une scène qui allait au départ juste après la planche 4, avant que je ne décide de saccader la narration afin de papillonner d’une scène à l’autre. Cela m’offre en outre l’avantage de bien faire comprendre que Madame Ronchard passe sa vie au Café des Sports, matin et soir. Ici, une nuit s’est écoulée et elle commence donc sa journée comme elle l’avait terminée : au bistrot.

 

Dans nos sociétés modernes, le bistrot a été progressivement et malheureusement remplacé par les réseaux sociaux. Ici, au contraire, je lui redonne toute sa place, avec des discussions dignes du Café du Commerce… ou du Café des Sports.

 
 

J’introduis trois personnages secondaires : les deux poivrots piliers de comptoir et le patron du Café des Sports.

 

Les deux poivrots sont importants, car ils resserviront plus tard (ils finiront ministres !), mais pas dans cet album-ci. Ils forment vraiment un couple à la Laurel et Hardy, en version abrutie par l’alcool.

Ils n’ont pas de nom et m’ont été inspirés par deux jeunes qui venaient en vacances en Espagne, où j’allais quand j’étais plus jeune. Le patron du bar qui nous servait de repère les appelait « Fausse couche » et « Gros bout » : c’était des loulous de banlieue pas très malins, le regard un peu vide, mais assez sympathiques néanmoins, qui n’allaient jamais l’un sans l’autre. Je les ai vieillis de trente ans et voilà le résultat…

 

Je leur avais gardé leur nom « espagnol » dans le storyboard, avant de les enlever dans la version finale.

   

Pour le barman, dans mon script initial, il n’avait pas d’allure prédéfinie. Mais je me suis par après inspiré de Manu, le serveur du Café Charlotte, qui sert de décor au Café des Sports. Manu est un hipster de roman, très à la mode et en même temps hors du temps, parfait pour le rôle ! J’ai juste enlevé les tatouages de mon personnage, par rapport à l’original !

 

Le dialogue de la scène est important… par sa vacuité. Les personnages parlent des deux choses qui occupent les discussions de bistrot : le foot et la météo. Mais il ne faut pas que ce dialogue dure trop longtemps, car sinon je vais ennuyer le lecteur.

   

C’est donc Madame Ronchard qui va se charger d’y mettre un terme, comme si elle nous représentait, nous les lecteurs. En une phrase, Madame Ronchard retourne cette anodine discussion de Café du Commerce en défaite de la pensée. Elle est à peine arrivée qu’on sent déjà qu’elle va mettre le bocson, comme quand Astérix et Obélix se pointaient dans une belle auberge, qui finissait à chaque fois en ruines, ce que je trouvais toujours très triste.

   
   
   

Mais pour être certain que tout va exploser correctement, il convient d’abord d’allumer la mèche, ce que je fais en début de planche.

 

Ce qui est suivi d’office par une gradation dramatique, strip suivant.

 
 

Puis Madame Ronchard reprend le crachoir. Elle se définit aux yeux du lecteur, non par ce qu’elle est ou aime, mais par ce qu’elle n’aime pas.

 

Pour arriver au « climax » visuel de la scène, une grande case remplie de détails.

 

J’adore dessiner des décors très élaborés dans lesquels le lecteur va aimer de balader et laisser vagabonder son esprit. Si bien que chaque bouteille que je dessine à l’arrière-plan doit être faite avec la même minutie qu’un personnage en gros plan, précisément au cas où mon lecteur aurait décidé de s’y attarder.

Un décor caractérise au moins autant un personnage que le personnage lui-même.

 

Je n’ai pas inventé grand-chose, néanmoins, car je me suis basé sur l’intérieur du Café Charlotte, à Uccle.

 
   

Je dois toujours garder en tête trois éléments : le confort de lecture, l’avancée de l’intrigue et le rythme narratif. Ce, quelle que soit la scène. Ici, après avoir fait papoter ces nouveaux personnages pendant deux pages, il faut maintenant changer de rythme, ce qui va être le cas avec les deux pages suivantes.

 
   
   

Je suis resté très fidèle à mon storyboard, à un détail près : le décor.

Plutôt que de remettre le Café des Sports en plan extérieur dans une petite case, j’ai opté pour une solution plus innovante, qui permet une simultanéité dans l’action, la case 1 et la case 3 se répondant aisément, en étant liées par le décor. Et le fait de montrer ce décor en grand laisse plus de place à l’imagination du lecteur, qui peut reconstituer seul les gestes des gens, beaucoup plus que dans ma version initiale, tel qu’esquissée dans le storyboard.

   
 

Toute la rythmique de la séquence se trouve dans l’agencement des bulles, qui doivent faire ressentir au lecteur la tension qui monte entre les protagonistes. Je guide l’œil du lecteur, afin qu’il aille exactement où je veux qu’il aille (ligne jaune), en laissant une autre lecture, parallèle, avec les réflexions de Gédéon (ligne rose).

L’utilisation des couleurs dans les bulles vient de « La Zizanie », un de mes Astérix préférés. Quand je le lisais, enfant, j’étais – déjà – fasciné par cette trouvaille narrative qui consistait à faire passer l’humeur d’un dialogue par une gradation des couleurs : blanc quand ils parlent de manière neutre, vert clair quand ils commencent à s’énerver et vert foncé quand ils sortent de leurs gonds. Je fais pareil ici, mais avec le rouge.
   
 

Après avoir fait monter la température à l’intérieur de la cocotte-minute qu’est le Café des Sports, je fais un plan extérieur pour faire respirer le lecteur.

En sortant cette phrase « cliché » que j’adore – et que me sortait parfois mon père quand j’étais plus jeune – : « Il nous faudrait une bonne guerre ! ». C’est l’une des répliques à l’emporte-pièce les plus cyniques et stupides qui soit, à mon avis. Idéal pour terminer ce dialogue.

 

Et à la fin de la planche, alors que l’on va tourner la page, qui est là ?

Le jeune journaliste qui se faisait houspiller par son rédacteur en chef, séquence précédente. Hop, le rôti narratif se ficèle un peu plus !

   

La planche 12 était assez compliquée à réaliser, car il se passe plein de choses et il convient de rester lisible. Ici aussi, le chemin de lecture est important.

   
 

Les couleurs vont me servir d’ancrage visuel : le rouge dans les bulles de dialogues, le jaune pour les phylactères d’onomatopées et aussi pour le ciré de Gédéon.

 

Gédéon est assez passif dans la scène et le sera jusqu’à ce qu’il se rebelle, quelques pages plus loin.

 

La partie basse de la planche est plus calme.

 

Elle me sert à retrouver la trame narrative. Le scénario, c’est comme les lianes dans la jungle : on s’y accroche pour avancer. Ce n’est pas le scénario qui fait l’intérêt d’un récit, mais c’est lui qui le structure. Ici, je déclenche ce qui va servir de détonateur : un article de presse d’un jeune reporter ambitieux, un peu comme Tintin. Sauf que, contrairement à Tintin, Jean-Luc Lebrol écrit des articles, lui ! Mais son pardessus beige aurait pu appartenir au jeune reporter d’Hergé.

 
 

Dernière case, j’utilise un effet que j’aime bien : l’ombre chinoise. Effet qu’il faut utiliser de manière parcimonieuse pour lui garder son effet. La réflexion ici est la suivante : pas besoin de montrer le décor, on l’a déjà vu dans les cases précédentes. En revanche, les étoiles qui partent des fesses de Madame Ronchard sont importantes, narrativement parlant. Elles seront bien plus visibles sur un fond blanc, ce qui permet en outre de faire respirer la scène.

 
 
 

Vous aussi, devenez édinaute de « Madame Ronchard ».

 


    
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