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Madame Ronchard

 

 

 

Présentation

Casting

Prépublication dans Le Vif/L’Express

Premières planches

Making of #01 : Ouverture

Making of #02 : Salle de rédaction

Making of #03 : Café des sports

Making of #04 : Transition

Making of #05 : Une de journal

Making of #06 : Lebourdon et Guerrelasse

Making of #07 : Le Ronchardisme

Making of #08 : Prise d'otage

Making of #09 : Allocution royale

Making of #10 : Les intellectuels

Making of #11 : Corruption

Making of #12 : Le match

Making of #13 : Débat télévisé

Making of #14 : Epilogue

L'interview de Mme Ronchard

Vos commentaires

 

Making of #14 : Epilogue – Planches 58 à 60.

 

Pour des questions techniques, d’impression et d’édition à l’ancienne, les albums de bande dessinée doivent avoir une pagination divisible par huit, en tenant compte des pages titre et copyright, raison pour laquelle ils font en général 46, 54 ou 62 planches, plus deux pour les pages titre et copyright.
Les Astérix font 44 planches, dans la mesure où il y a aussi la présentation des personnages et la carte de la Gaule au début. Les Tintin et autres Blake et Mortimer font 62 planches.

Madame Ronchard devait en faire 62, avant d’être rognée de deux pages, pour trois raisons.

 

1 : L’album étant financé en crowdfunding, il faut libérer un ou deux pages pour les noms des contributeurs.
2 : comme je suis moi-même l’éditeur et que je vais ajouter des bonus pour faire un livre de 80 pages, la pagination divisible par huit n’a plus beaucoup d’importance.

3 : J’estimais avoir tout dit de cet opus en trois pages plutôt que cinq pour cette dernière scène.
 
Moi qui ne dessine pas mes histoire en linéaire, j’essaie en revanche toujours de terminer par la réalisation de la dernière séquence, ce qui est le cas ici, bien qu’elle-même ait été réalisée dans le désordre.
   
Je commence par rentabiliser mon décor romain ! J. Je reprends en partie la grande case qui ouvrait la scène du match.
Le lecteur est rassuré, car il connaît déjà ce décor, il sait donc où il se trouve.
 
J’ai un peu pataugé pour ces deux cases-ci, dans un premier temps.
   
Voici la version initiale, avec un fond blanc qui sortait les personnages de la planche.

Le visage de Colmanto n’était pas très expressif et ce fond blanc, s’il se justifiait narrativement – les personnages parlent et c’est ce qu’ils disent qui importe – n’était pas très concluant une fois la page montée, pour des raisons chromatiques : on doit ressentir la chaleur romaine, par opposition au Pleutoultan.

Mais pas question de mettre du décor, ça ne servirait pas à grand-chose et distrairait l’œil.

 

Dernière chose, par rapport à la première version, je décide de faire mordre un peu la case sur le strip suivant, qui ne sera plus tout en longueur. Les cases s’imbriquent ainsi les unes dans les autres de manière plus harmonieuse.

 
 
Je me balade ensuite dans Rome avec Gédéon. Comme j’adore dessiner des villes et des couleurs chaudes, je m’en donne à cœur joie. Je pouvais ici opter pour de grandes cases atmosphériques, puisque j’avais au départ prévu 62 planches et pas 60. Mais ce ne serait pas dans le ton de ce récit, à fortiori puisqu’il s’agit du premier tome. Il faut que l’on termine assez vite, afin de donner envie au lecteur de lire la suite…
 

Je dois ensuite faire avancer l’intrigue, que cette scène serve à quelque chose…

Le sens de lecture est important pour guider mon lecteur au travers de ces pages où la tension est retombée par rapport aux deux scènes précédentes, celle du match et du débat télévisé.
 

L’intrigue nous revient ici en pleine poire : l’histoire de cette corruption bancale, et médiocre, façon frères Coen, avec l’arrivée d’un nouveau personnages : l’ambassadeur du Pleutoultan, qui n’aura qu’un petit rôle durant deux pages, mais que je dois connaître néanmoins.
Quand j’étais étudiant à l’ERG, le scénariste des Cités obscures Benoît Peeters nous donnait des cours de scénario et nous expliquait que même quand un personnage n’apparaît que dans une seule case, vous devez en l’écrivant tout savoir de lui, y compris ce qu’il mange le matin au petit-déjeuner…
Notre ambassadeur n’a pas dû manger grand-chose ce matin-là, l’estomac noué par la corruption…

C’est très amusant de creuser comme cela ses personnages de papier.

 

Pour moi, cet ambassadeur est un haut-fonctionnaire par excellence, toujours au service de l’État et qui obéit aux ordres. Sauf qu’ici, sa conscience lui a fait comprendre qu’il aurait dû dire « non ». Physiquement, il est une sorte de Scribouille, mais non bouffi par l’alcool.

 

La corruption des plus hauts dignitaires de l’État marque également le début de la dictature.

 

Le rythme est élevé : 12 cases, l’une des planches les plus découpées du livre, car il faut aller vite afin que le lecteur ne s’ennuie pas et ait envie de découvrir la dernière planche.

 

Mais comme nous sommes dans une comédie, je dois désamorcer la côté tragique de la tentative de suicide : ils vont donc boire un coup pour tout arranger.

Pour le suicide, je prends l’objet le plus caricatural : la corde du pendu, avec une corde cartoonesque, qui ôte au récit tout côté réaliste.

 
Je fonctionne beaucoup par ellipses, laissant au lecteur le soin d’imaginer comment Gédéon a fait pour convaincre l’ambassadeur de défaire son nœud de suicidé, descendre de la table, aller chercher de l’Aspergo, s’asseoir et raconter sa vie, pour finalement retrouver le chemin de la raison. Tout cela est suggéré grâce aux détails glissés dans la case : les valises, la corde, les bouteilles d’Aspergo, sans oublier le portrait de l’aïeul du roi, dans le tableau à l’arrière-plan, qui apparaissait déjà derrière le souverain lors de l’allocution royale.
   
Je m’y suis repris à plusieurs fois pour certaines cases, comme celle-ci.
Voici la version initiale. Mais la profondeur de champ n’y était pas, il fallait trouver autre chose. Et l’ambassadeur ressemblait trop à Pablo Picasso.
J’utilise le drapeau du Pleutoultan comme ancrage visuel de l’ensemble de la page. C’est visuellement intéressant et narrativement pertinent car on parle ici de corruption de l’appareil d’État.
Je termine par un plan impliquant une fois encore l’imagination du lecteur : je ne montre pas le contenu (apparemment explosif) de la lettre exposée à Gédéon, ce sera au lecteur de l’imaginer.
   

Puis vient la dernière page, qui n’aura donc pas de vis-à-vis, ce qui est important à prendre en compte, car cela permet un peu plus de liberté. C’est comme le numéro d’un gymnaste : il peut virevolter comme il veut sur les barres asymétriques, mais il ne doit pas rater sa sortie, au risque de se casser le pied et de fiche en l’air tout ce qu’il avait patiemment mis en place pendant son numéro d’équilibriste.

 

Alors que j’avais 12 cases planche précédente, je termine toujours mes albums avec un rythme plus lent pour la dernière page, comme les derniers mots lus à un enfant avant qu’il n’aille dormir...
Pas de gros plans, mais des plans larges, pour bien poser le regard.

J’ai embarqué mon lecteur avec moi pendant 59 pages, je dois le laisser en bon état une fois que nous allons nous quitter, comme avec la scène de banquet dans Astérix.
 
Case 1, l’élément narratif le plus important, c’est la lumière : nous sommes passés de la pleine journée au début de soirée. Et nous sommes dans la caricature : Gédéon a fait ses valises, remis ses lunettes d’aviateur, il est prêt à repartir chez lui.
 
Je m’y suis repris à deux fois pour cette case. Voici la première version.
Mais, comme expliqué plus haut, les gros plans étaient redondants, d’autant plus que j’ai dessiné la 60 avant la 59. Une fois la 59 réalisée, ce gros plan en 60 ne tenait plus. J’ai donc opté pour un plan plus large.
 
Je rentabilise ensuite à nouveau mon décor romain, pour montrer la gradation du fil de la journée. Ce plan large de Rome n’était néanmoins pas prévu au départ.
 
 
Mais comme je l’avais en stock, je trouvais dommage de ne pas donner d’air à la scène et je l’ai donc repris. Mais sans faire un simple copié-collé : chaque point de lumière est dessiné séparément, sur Photoshop, comme je l’avais déjà fait dans une case de Maudit Mardi.
 
 
 

Case suivante, je reprends presque telle quelle la scène où Gédéon quittait le Pleutoultan.

Mais au lieu du Pleutoultan, nous avons le port près de Rome. La boucle est bouclée : le lecteur a confiance en Gédéon, puisqu’il a déjà fait le chemin en sens inverse vingt pages plus tôt.
 
 

Le strip 4 ne faisait qu’une case au départ, puis j’ai changé d’avis, afin de faire mieux comprendre le temps qui s’écoule, en deux cases plutôt qu’une, donc. Case 1, Gédéon s’éloigne véritablement de nous, lecteur, car une mission l’attend.

Case suivante, une vue d’hélicoptère nous permet de prendre du recul, en terminant par une phrase ironique qui remet les choses à leur juste place : « Tout ça pour un match de foot, quand même ! ».

 

Le fait de mettre deux cases au lieu d’une me permet aussi d’insérer un élément climatique : la pluie, car Gédéon se rapproche de la maison. Le fait de terminer par une case d’assez petite taille est assez frustrant pour le lecteur, laissé au milieu du gué. Ainsi, il aura envie de lire la suite, du moins je l’espère…

 

Mais quel plaisir de pouvoir écrire « fin de l’épisode » après avoir mené ce projet à bien durant dix ans !
 

 


    
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