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Madame Ronchard

 

 

 

Présentation

Casting

Prépublication dans Le Vif/L’Express

Premières planches

Making of #01 : Ouverture

Making of #02 : Salle de rédaction

Making of #03 : Café des sports

Making of #04 : Transition

Making of #05 : Une de journal

Making of #06 : Lebourdon et Guerrelasse

Making of #07 : Le Ronchardisme

Making of #08 : Prise d'otage

Making of #09 : Allocution royale

Making of #10 : Les intellectuels

Making of #11 : Corruption

Making of #12 : Le match

Making of #13 : Débat télévisé

Making of #14 : Epilogue

L'interview de Mme Ronchard

Vos commentaires

 

Making of #08 : Prise d'otage – Planches 27 à 29.

 

On commence par une grande case, afin de donner du souffle à la scène, juste après une case en gros plan de Madame Ronchard, qui concluait la page précédente.
Il faut donner de l’emphase, raison pour laquelle je fais une contre-plongée exagérée du Café des Sports, comme s’il s’agissait soudain d’un imposant immeuble. La pluie tombant du ciel apparaît d’autant plus menaçante. Le lecteur se sent comme écrasé par le vent de l’histoire en marche.

Il y a une gradation dans la foule, de plus en plus nombreuse.
 
On est passé de madame Ronchard seule au bar avec les deux poivrots.
 
Puis Evelyne, déjà debout sur des caisses d’Aspergo, harangue une audience un peu plus fournie.
 
Ensuite, le bar est plein devant le journal télévisé, quelques pages plus loin.
 
Le mouvement essaime alors en rue.
 
Avant de terminer agglutiné devant là où tout a commencé, un bar de quartier désormais trop petit pour accueillir tout le monde à l’intérieur.
 
Les inserts me permettent de rester dans l’ambiance de la foule, au cœur de celle-ci.
 
Le chemin de lecture est clairement établi dès que le lecteur découvre la page dans son entièreté. Son œil sait que le point culminant de la page sera Gédéon dans son ciré jaune.
 
On a basculé en une case et quelques phylactère d’une histoire de doux-dingues râlant dans leur coin à un mouvement prônant la violence. La comédie se fait soudain bien plus grinçante.
 

Et qui va nous sortir de cette torpeur intellectuelle ? Le seul non-humain de tout ce barnum, Gédéon, qui n’avait jusque-là pas dit grand-chose, se contentant de suivre d’un air détaché.

Ici, clairement, le lecteur est invité à se mettre à la place de Gédéon, qui le prend à témoin, ce qui est d’autant plus facile que Gédéon est quasiment le seul personnage sympathique de ce monde de fous.
   
Ici, j’avais imaginé une séquence un peu plus longue, dans laquelle Gédéon et Madame Ronchard débattaient, mais cela allongeait inutilement la narration et n’apportait rien de plus au message. Voici les deux versions du storyboard, la seconde étant plus proche du résultat final.
   

Là, je vais direct au fait et j’ajoute la petite remarque raciste, qui n’était quant à elle pas prévue dans le script, pour démontrer toute bêtise du racisme, appliqué ici non pas à un humain, mais à un volatile...
Du reste, je ne sais pas ce que fume Gédéon, mais cette fumée rose est un peu louche.

 

Le jaune continue à être le vecteur visuel de la page, pour aboutir au plan que dévoile Lebrol, d’autant que l’on est en fin de page de droite et que le lecteur n’a plus qu’une solution : tourner la page.

Je commence la planche par un champ-contre-champ exagéré, au grand angle, pour bien contraster avec la planche précédente. Il convient d’accélérer le rythme, la mise en scène jouant dans ce cas un très grand rôle.

 

Après cela, j’avais écrit toute une scène d’action, montrant un commando qui entrait dans les locaux de la télévision, passait par des tunnels, avant d’arriver sur le plateau de télévision. Problème, cela m’aurait pris trois pages, finalement inutiles. Je préfère dans ce cas faire confiance à l’imagination du lecteur, qui va lui-même reconstituer la scène, sans que je ne la lui montre.

   
Je reprends donc une séquence que j’avais coupée lors de la scène entre Guerrelasse et Lebourdon.
 
Mais je change les dialogues et je mentionne le licenciement de Scribouille et la reprise en main par des Népalais, ce qui me servira un peu plus tard, dans la scène suivante, dite de l’allocution royale.
 

Visuellement, je commence et clôture la page par deux vues en plongée et en grand angle, mais l’une où le point de fuite est à gauche, l’autre où il est à droite, ce qui permettra à l’œil du lecteur de glisser vers la page suivante. La première case, de son côté, faisait le lien avec la planche précédente, comme si elle avait tendu la main à la dernière case de la planche 27.

 

Le contraste est d’autant plus saisissant entre ces deux mondes : dehors sous la pluie pour Ronchard ; à l’intérieur et au sec dans les salons feutrés du pouvoir, pour Lebourdon et Guerrelasse. On distingue le bureau du Premier ministre, qui fait un peu penser au bureau ovale de la Maison-Blanche.

 

Planche 29, tout s’accélère. Et revoilà Monsieur Météo, cette figure transparente que l’on apercevait à intervalles réguliers, mais sans qu’il imprime vraiment la rétine. Ici, tout va changer : le personnage de troisième zone devient un acteur à part entière, malgré lui. Comme un agneau attrapé par le loup, c’est le plus inoffensif de tous qui devient la première victime « collatérale ».

 

Je joue avec la curiosité du lecteur : c’est à lui d’imaginer ce que les personnages voient en regardant la télé, à savoir l’arrivée du commando dans les studios et la prise d’otages, précisément ce que j’avais finalement décidé de ne pas dessiner.

   
La case 2 est la seule en longueur de toute la page, pour marquer la rupture. Cette case doit avoir du volume, de l’angle, afin de donner du souffle à l’ensemble. Le « Oh putain ! » que sort Guerrelasse est totalement incongru dans sa bouche et apporte un aspect comique qui tranche avec le côté solennel du cadrage.
 
Ensuite, je fais une mise en abîme : le lecteur EST le personnage regardant la télé. Tout le monde a reconnu Ronchard et Lebrol derrière leur cagoule, rendant la scène ridicule. Je suis un peu sur la corde raide, ici, car je dois faire rire d’une situation très violente, à savoir une prise d’otages. Montrer le côté ridicule des cagoules tempère un peu le côté glauque.
 

Enfin, je change radicalement d’angle de vue, optant pour le profil, avant de replonger dans la télé, non sans avoir passé l’obstacle visuel des verres et de la bouteille d’Aspergo – eux-mêmes métaphores de la distance entre l’élite et le « peuple » .

La dernière case zoome sur une précédente, renforçant la gradation dramatique, quoique grotesque. Madame Ronchard ne dit d’ailleurs pas « exécuté » (contrairement à ce que titrera la presse le lendemain), mais « zigouillé », ce qui est plus ridicule.
 
Je me suis toujours dit que cela ne doit pas être facile de faire la météo dans un pays comme la Belgique, où il fait tout le temps moche. Et que, par conséquent, ce métier ingrat pourrait faire de Monsieur météo un bouc-émissaire idéal. Et qui aura un rôle grandissant dans les prochaines aventures…
 
En matière de couleur, que des tonalités froides, à l’exception du rouge sur le pif de Lebourdon et surtout sur le logo « Live » de la télé, ce qui rend la scène plus angoissante.
 

 


    
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