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Madame Ronchard

 

 

 

Présentation

Casting

Prépublication dans Le Vif/L’Express

Premières planches

Making of #01 : Ouverture

Making of #02 : Salle de rédaction

Making of #03 : Café des sports

Making of #04 : Transition

Making of #05 : Une de journal

Making of #06 : Lebourdon et Guerrelasse

Making of #07 : Le Ronchardisme

Making of #08 : Prise d'otage

Making of #09 : Allocution royale

Making of #10 : Les intellectuels

Making of #11 : Corruption

Making of #12 : Le match

Making of #13 : Débat télévisé

Making of #14 : Epilogue

L'interview de Mme Ronchard

Vos commentaires

 

Making of #06 : Lebourdon et Guerrelasse – Planches 19 à 21.

     

Madame Ronchard est avant tout basé sur les personnages qui le composent. J’ai toujours en tête cette phrase d’Erik Orsenna, qui disait que pour construire un bon récit, il faut partir des personnages pour aller à l’intrigue, et non l’inverse.

 

Edmond Lebourdon et Alain Guerrelasse sont là depuis le début et n’ont guère changé d’apparence entre la première mouture de 2009 et la version définitive. Ici, tels qu’ils avaient été dessinés en 2009.

 
Edmond Lebourdon est le président du Pleutoultan. Comme le précise la cartouche qui le présente, il est un « libéral-socialiste de centre-droit à tendance écologiste », bref, il embrasse toutes les sensibilités démocratiques de l’échiquier politique. Un centriste produit blanc, sans réelles convictions, quoi.
Il s’appelle Edmond, qui était aussi le prénom du héros de « 80 Jours ». J’aime bien utiliser des prénoms surannés et intemporels dans mes histoires.
Pour le président du Pleutoultan, mon modèle est une sorte de Georges Pompidou, en plus bonhomme.
   
Pompidou représente dans l’imaginaire collectif le président typique des 30 Glorieuses, quand tout allait bien en France. Lebourdon doit avoir ce côté « vieille France », attesté par son accoutrement un peu ringard, qui doit sentir le pot-au-feu, avec un patronyme – Lebourdon – respirant l’ennui. On doit sentir que c’est quelqu’un de placide, avec un bon coup de fourchette. Il incarne la tradition, le côté « bon père de famille », « bien qu’il fût célibataire et sans enfants », comme le note sa présentation, durant laquelle je m’adresse directement au lecteur pour lui décrire le casting, afin de mieux l’inclure dans la narration.
Son acolyte et aide de camp, Alan Guerrelasse, doit être son exact opposé, physiquement parlant : mince, sec et tiré à quatre épingles.
 
Le voici en version crayonnée.
   
Et en version réelle ! Je ne suis pas allé loin en matière d’aspiration, avec mon ami de 20 ans Alain Gerlache, journaliste très connu de la RTBF, qui était quand je l’ai connu l’éminence grise du Premier ministre belge d’alors, Guy Verhofstadt, au début des années 2000.
   
Le vrai Alain Gerlache est en fait quelqu’un de très amusant et pas du tout coincé - bien au contraire ! - malgré les apparences. Mais quand j’utilise quelqu’un que je connais, c’est tout de suite plus facile de brosser le portrait du personnage de papier. En revanche, Alain Gerlache a un côté pince-sans-rire anglo-saxon un tantinet cynique, qui ne s’émeut plus de rien, et cela collait bien au personnage d’Alain Guerrelasse.
   
   
Lebourdon et Guerrelasse fonctionnent en binôme, l’un n’allant jamais sans l’autre, raison pour laquelle la première fois que je les présente, ils doivent être non seulement dans le même plan, mais également engoncés dans le décor (l’encablure de la porte), car ils sont avant tout prisonniers de leur fonction. Avec seulement un clin d’œil à Nestor dans Tintin, pour le serveur.
 
Leur dialogue est important et le ton qu’ils utilisent doit être en parfaite contradiction avec ce qu’ils disent, pour renforcer l’aspect comique de la scène. Ils sont l’antithèse de Madame Ronchard : les technocrates coupés du monde, au verbe châtié (ils se vouvoient en toute circonstance, même pour parler de football). La scène fonctionne en mise en abîme : le lecteur observe des gens qui observent le monde. Mon lecteur doit ici sentir qu’il écoute aux portes (d’où le plan vu depuis le couloir, case 2) et qu’il pénètre dans les alcôves feutrées du pouvoir.
   
Pour accentuer cet effet, il faut un décor à la hauteur. J’ai donc jeté mon dévolu sur la Cour des comptes, rue Royale, à Bruxelles.
   
   
Un décor majestueux, mais pas trop, car nous sommes au Pleutoultan, pas au château de Versailles…
   
   

Cette scène, la deuxième à avoir été dessinée - après celle de la salle de rédaction - remplit trois rôles : 1 : présenter ce pouvoir distant, mais pas méchant, honni par Mme Ronchard ; 2 : instaurer le rapport fait de complicité et de retenue entre Lebourdon et Guerrelasse ; 3 : faire le lien entre la scène de Madame Ronchard au bar et celle de la salle de rédaction, puisqu’on y parle de Lebrol, le jeune journaliste, mais aussi des frères Scribouille, première étape de ce gag récurrent sur les prénoms des trois frères journalistes. Bref, le puzzle se met en place.

La séquence ne fait pas avancer l’intrigue à proprement parler, mais elle installe la psychologie des protagonistes et les rapports de force au sein de cet univers, comme un récit choral.
   
Quand Lebourdon cite l’article de journal, c’est ici le même procédé qu’au début de « Norbert l’Imaginaire ».
   
 
La presse écrite fait office de liant entre différents protagonistes. Pas de réseaux sociaux ici, ne de moyens de communication modernes, car l’histoire doit rester intemporelle.
   
Pour rendre la séquence – où il n’y a donc pas d’action – dynamique, j’ai plusieurs options : les plans de coupe extérieurs.
Et la bouffe, puisqu’ils sont à table.
   
Je termine par un gag visuel, avec Lebourdon qui recrache son Aspergo, pour obtenir un mini climax, qui va nous permettre de passer à autre chose.
   

Mais je refais également une mise en abîme, en impliquant le lecteur : je lui avais présenté Gédéon, un jars qui parle et qui fume, comme si cela était normal, alors que non. Lebourdon apparaît ici comme incarnant la raison – et donc la responsabilité – face à ce personnage irréel de Gédéon.

Par rapport à des versions antérieures de la scène, j’ai beaucoup coupé dans les dialogues, en tâchant d’enlever tout ce qui était superflu, afin de pas alourdir. Dans un dialogue, à peine 20 % de ce qui est dit est signifiant, tout le reste n’est que du bavardage, mais c’est justement dans ce bavardage que tout ce passe vraiment pour cerner la psychologie des personnages.
 
La planche 21 a été dessinée plusieurs mois après la précédente, pour une raison bien simple : il y en avait une autre à la place.

Ici, les personnages finissaient de manger, se levaient et continuaient à papoter, mais ça traînait en longueur et le tout devenait pontifiant et ennuyeux.

Parfois, il faut avoir le courage de prendre des ciseaux et couper, afin de dynamiser le tout.
   
Néanmoins, j’aimais la dynamique de mes personnages qui marchent dans le palais en papotant, car cela donnait une idée de la grandeur générale de l’édifice. J’ai donc repris la scène en partie, une dizaine de pages plus loin, pour une autre séquence. Rien ne se perd, tout se recycle.
   
Je fais donc remonter la partie basse de la planche de deux strips, pour repartir sur une nouvelle scène, comme dans une salle de montage. Mais du coup, les axes des cases ne sont plus les mêmes et il faut tout recomposer. J’ai donc dû m’y reprendre à trois fois pour arriver à la planche finale.
   
     

Musicalement, la tonalité est celle de l’un de mes films cultes: “Les vestiges du jour”, film parfait de bout en bout, avec Anthony Hopkins et Emma Thompson, et sa musique extraordinaire – la première musique de film que j’aie achetée – signée Richard Robbins.
J’ai dû voir ce film une trentaine de fois, je le regarde encore régulièrement : il n’y a pas un plan, un décor, un jeu d’acteur ou une intention de mise en scène qui soient ratés ; la grande histoire y côtoie la petite ; le film est tout en retenue mais recèle pourtant une violence inouïe, notamment dans l’observation de Mister Stevens, le majordome incarné par Anthony Hopkins, une nature morte qui a fait passer le devoir avant la passion et qui a donc raté sa vie.

 

Avec Madame Ronchard, nous ne sommes pas du tout dans le même registre, mais pour moi Edmond Lebourdon incarne cette retenue propre à Mister Stevens.

 

 

 

 


    
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