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Madame Ronchard

 

 

 

Présentation

Casting

Prépublication dans Le Vif/L’Express

Premières planches

Making of #01 : Ouverture

Making of #02 : Salle de rédaction

Making of #03 : Café des sports

Making of #04 : Transition

Making of #05 : Une de journal

Making of #06 : Lebourdon et Guerrelasse

Making of #07 : Le Ronchardisme

Making of #08 : Prise d'otage

Making of #09 : Allocution royale

Making of #10 : Les intellectuels

Making of #11 : Corruption

Making of #12 : Le match

Making of #13 : Débat télévisé

Making of #14 : Epilogue

L'interview de Mme Ronchard

Vos commentaires

 

Making of #04 : Respiration – planches 13 à 17.

     
   

Les cinq planches qui suivent représentent une transition dans le récit, ce qui peut paraître long, sur cinq pages, mais en fait, non. Explications.

   
 

Planche non prévue au départ, je l’ai rajoutée après avoir réalisé la scène suivante. Je sentais le besoin d’une respiration dans le récit, tant visuelle que narrative, afin d’éviter d’enchaîner deux séquences statiques et bavardes.

Je suis revenu à l’une de mes marottes : les centres urbains. Il y en a dans tous mes albums.

Que ce soit Norbert l’Imaginaire.

 
80 Jours
 
Neuf mois
 
Maudit Mardi !
 
Ici, j’ai d’abord posé mon dévolu sur San Sebastian, comme au début du récit.
 
Mais ce dessin était un peu vite fait, il ne convenait pas. J’ai donc puisé dans ma photothèque et je suis tombé sur cette vue du centre-ville de Wellington, en Nouvelle-Zélande, où je suis allé une semaine en 2008, pour Cartooning for Peace.
   
 
Contrairement à cette photo, il pleut beaucoup, à Wellington, donc j’ai « Pleutoultanisé » l’ambiance, et voilà le résultat.
 
 
Le lecteur doit ici suivre un axe visuel (en jaune) et lire un texte qui n’a rien à voir avec l’image décrite, ce qui va lui permettre de scinder son cerveau en deux.
 
Tout en laissant son esprit vagabonder (en rouge), avant de retomber sur un texte de journal, qui va demander une plus grande concentration.
 
 
Le lecteur va surtout lire le titre, plus facile à déchiffrer. Puis va s’attarder sur les marques surlignées en jaune, dans le texte de l’article, mais sans arriver à vraiment lire ce qu’il est écrit. Pour cela, il faut tourner la page.
 
Vient la page 14, directement inspirée par l’une des planches du premier Norbert l’Imaginaire.
 
C’est une mise en abîme : le lecteur lit ce que lit le personnage.
 

Et, de fait, le texte est important, le lecteur avisé pourra revenir dessus. Mais pour la plupart, c’est rébarbatif. C’était mon point de vue en tant qu’auteur, j’en ai donc conclu qu’il en irait de même pour mon personnage et mon lecteur.

Scribouille fait donc le tri à notre place, au Stabilo-Boss.

 

 

Subrepticement, j’imprime dans l’inconscient du lecteur le nom de Van Papelaere, la star de l’équipe de foot, que l’on n’a pas encore vu, mais dont on entend toujours parler.

Puis retour à notre bonne vieille salle de rédaction, qui ressemble de plus en plus à un cagibis enfumé et insalubre.

 

Il s’agit ici de montrer que notre jeune journaliste prend du galon et que son rédacteur-en-chef, qui l’avait humilié en salle de rédaction, doit maintenant hypocritement le chaperonner, sous la pression des actionnaires, qui veulent du sang neuf.

   
   

Je m’amuse aussi à scruter le visage de scribouille, qui est très laid, sous cet angle, alors qu’il dit justement que « dans ce métier, il faut savoir rester sexy ».

 

J’ai beaucoup allégé le dialogue, qui prenait (encore) plus de place que dans la version finale. C’est du ping-pong de théâtre, entre ces deux-là, mais le lecteur ne doit pas s’ennuyer. Donc planche d’après, il convient de changer d’angle et de rythme.

   

Je me souviens très bien avoir mis « Madame Ronchard » sur pause pendant cinq mois début 2017, afin de pouvoir suivre la campagne électorale française. Une seule planche a été réalisée durant cette période, celle-ci.

 

Je me trouve ici face à un dilemme : le texte est ce qui importe le plus, le lecteur sait où il se trouve, on connaît les personnages et j’ai beaucoup découpé, page précédente.

J’opte donc pour une narration purement cinématographique : le plan séquence. Le personnage bouge devant la caméra, qui reste statique. C’est très amusant à réaliser, car on a vraiment l’impression de diriger un comédien, sur plusieurs prises.

 

Et je fais en plus avancer l’intrigue, car je mets à nu les méthodes journalistiques peu glorieuses du Pleutoultanais libéré.

 

Avec la carte du Pleutoultan derrière lui, Scribouille donne encore l’impression de régner sur l’opinion publique.

 

Pour dynamiser la scène, il faut veiller à lui apporter de la variété : le verre d’Aspergo, le briquet, le téléphone.

 
Je termine par un plan rapproché, afin de « fermer » la séquence et la dramatisant quelque peu.
 

Planche 16, rupture de rythme : on voit de patron du bar de loin, dans des couleurs très froides. Il tient le téléphone de la main droite, alors que Scribouille le tenait de la main gauche.

 

Les liens se tendent entre les différents protagonistes, du Café des Sports à la salle de rédaction, en passant par Madame Ronchard. On retrouve aussi l’actionnaire du début.

 
 
Je m’amuse beaucoup à faire se croiser deux mondes diamétralement opposés, bien que dans le même secteur d’activité, aux deux bouts de la chaîne médiatique : le journaliste débutant et l’actionnaire. Avec, entre les deux, le rédacteur-en-chef.
 
Avec cette case, je m’offre un moment de silence. Quasiment la première case muette du récit, celle-ci me permet une respiration bienvenue, d’autant que le lecteur connaît ces deux personnages antinomiques, alors qu’eux ne se connaissent pas.
   

Je fais ici un décalcomanie de la planche 1.

 

Mais je ne montre pas ce qui se dit, puisque le lecteur l’a déjà vu, planche 1. Je lui laisse donc ré-imaginer les mimiques des personnages, mais avec un autre dialogue, qui surligne une fois de plus le rapport hiérarchique entre Scribouille et l’actionnaire. Et pour bien accentuer la décalcomanie, je reprends une case de la planche 1, mais en petit format.

   

Il faut alors passer à la séquence suivante, en utilisant la dernière case comme teaser.

 

J’opte pour un grand angle, accentué par la pluie qui tombe, pour souligner le contraste avec l’aspect statique de l’actionnaire. Mais aussi pour faire comme si le lecteur fondait sur le Café des Sports, virevoltant d’un endroit à l’autre de la ville.

   
 

Fidèle à ma manière chorale de raconter mon histoire, je remets Madame Ronchard en selle. Souvenez-vous, la dernière fois, elle s’était fait mettre dehors à coups de pieds aux fesses. Et là, soudain, la voici de retour à haranguer ses troupes, cette fois-ci debout sur une caisse d’Aspergo, façon Jean Jaurès.

Il semblerait donc que les pressions exercées par Scribouille aient été suivies d’effet.

 
Ce qui m’intéresse dans cette scène, c’est de faire comprendre rapidement comment Madame Ronchard – égérie populiste – parvient à haranguer les foules – il n’y a plus seulement les deux poivrots du départ, d’autres se joignent à la foule – en un rien de temps. A ses côtés, son futur conseiller en communication, Lebrol, qui semble avoir le sens de l’opportunisme, puisqu’il traduit en jargon de communicant le langage fleuri de Gédéon – lui-même porte-parole du peuple dans cette scène – afin de simplifier la pensée de Madame Ronchard.
 
On voit vite à qui Evelyne s’adresse : des abrutis, qui ne comprennent rien à ce qu’elle raconte.
 
En à peine huit cases, Madame Ronchard a compris comment se faire élire : en allant droit au but.
 

Puis Madame Ronchard termine de manière grandiloquente, dans une lumière brune qui rappelle quelques dictateurs des années 1930. Elle ouvre grand ses bras, pour mieux nous accueillir et nous emprisonner dans la démagogie.

Rare entorse à mon scénario originel de 2009, j’ai ici évidemment fait une allusion à Donald Trump, dont Madame Ronchard se sent très proche, idéologiquement parlant. Capillairement aussi, un peu.
 

 


    
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