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Madame Ronchard

 

 

 

Présentation

Note d'intention

Casting

Premières planches

Making of #1

Lien vers le projet sur Sandawe

 

 

Madame Ronchard : Making of # 1 : La conférence de rédaction, planches 7 et 8 et la planche 1, qui sert d’introduction au livre.

 

 

Écrit en 2009, « Madame Ronchard » a été laissé à l’état de projet jusqu’à 2016. J’avais à l’époque réalisé trois planches qui se trouvent au début de l’histoire, complètement remaniées quand je me suis remis à l’ouvrage.

 

Je devais d’abord savoir si cela m’exciterait toujours de dessiner cette fable politique, très proche de mon travail de dessinateur de presse, contrairement à mes autres albums, dont l’un des rôles consistait à m’offrir des soupapes de décompression par rapport à l’immersion dans l’actualité de mon principal métier.

 

J’ai donc pioché dans mon script original, lui-même dialogué comme une pièce de théâtre, à la recherche d’une scène pas trop longue, amusante à dessiner et sans éléments de décor trop compliqués, afin de me centrer avant tout sur les personnages, qui sont le moteur de ce récit…

Tout naturellement, c’est la scène de la conférence de rédaction qui s’est imposée. Son personnage central – Gaspar Scribouille, qui a deux autres frères, Melchior et Balthazar, qui dirigent respectivement la radio et la télé, à moins que ce ne soit l’inverse, je me trompe tout le temps, comme tout le monde – a les traits de Jacques Gevers, qui fut rédacteur en chef du Vif/L’Express pendant de longues années et qui était mon père spirituel en journalisme, celui qui m’avait imposé au journal, en compagnie de Stéphane Renard, rédacteur en chef adjoint à l’époque.

 

 

 

Malheureusement, Jacques est mort prématurément en 2012. Mais je lui avais fait lire le script en 2009 et il avait adoré être caricaturé de la sorte, en petit chef qui tyrannise sa rédaction et s’écrase devant l’actionnaire du « Pleutoultanais libéré », feuille de chou dont les lecteurs ne s’intéressent qu’au foot.

 

Gaspar Scribouille a pour sa part l’impression qu’il pilote le « New York Times », d’où le décalage comique.
Jacques Gevers appelait d’ailleurs ses journalistes « mes abeilles » et m’avait soufflé l’info pour la mettre dans mon scénario.

 

Pour une scène comme celle-ci, en intérieur avec beaucoup de gens qui parlent dans un lieu exigu, il faut tourner autour des personnages, comme si l’on suivait le flux de leurs débats.

D’autant que les dialogues sont l’élément le plus important.
   

 

 

 

J’ai vraiment pris un soin méticuleux dans l’écriture des dialogues, car « Madame Ronchard » est un album très bavard, contrairement à mes autres bandes dessinées « réalistes », comme « Maudit mardi ! »,  « Neuf mois » et « 80 jours ».

 

 

 

Sans l’air d’y toucher, j’installe presque inconsciemment la présence continue de l’Aspergo, que l’on semble boire à toute heure de la journée au Pleutoultan.

 

 

Je présente également un deuxième personnage important, Jean-Luc Lebrol, qui n’a ici qu’un rôle secondaire.

 

 

C’est la raison pour laquelle je le montre après plusieurs autres plumitifs du journal, afin de le noyer dans la masse.

   

 

 

 

Ce que Lebrol dit est également important pour l’intrigue – le fait que le volcan sur lequel est construite la capitale Vashkipis est en train de se réveiller – mais comme, très impressionné, il marmonne son dialogue, le lecteur n’y prête pas attention.

 

Gaspar Scribouille, de plus en plus colérique, a envoyé balader tous les sujets des autres journalistes. Trop happé par sa colère, il ne capte pas que l’info balancée par son petit nouveau était une vraie nouvelle.

Ici, même lorsque je dessine des seconds rôles, voire des figurants que l’on ne reverra pas plus tard, je dois m’attacher à étudier chacun en profondeur, comme si je connaissais toute leur vie et ce qu’ils prennent au petit déjeuner (en plus de l’Aspergo). C’est vraiment de l’étude de mœurs dessinée et c’est très jouissif à faire.

 

 

 

Graphiquement, les couleurs jouent leur importance, car le rouge est absent de la scène, sauf dans la case monochrome où Scribouille explose, ceci afin d’appuyer l’effet et grossir le trait, ce que je peux ici me permettre, puisque c’est de la caricature.
   

 

 

 

Je tourne autour de l’axe de la lampe qui surplombe la table, la case narrativement centrale étant celle en plan large, où Scribouille envoie tout valdinguer.

 

 

 

Je crée ensuite trois ruptures de rythme en intercalant des scènes extérieures.
   
 
 

 

 

Cette scène est un rappel de la planche 1, celle où l’actionnaire menace Scribouille de le foutre à la porte.
   
 

 

 

Seule rescapée de ma première mouture de 2009, la planche 1 n’a quasiment pas bougé, si ce n’est que j’ai quand même refait une grande partie des dessins et toutes les couleurs. Voici quelques crayonnés de l’époque.
 
 
 
 

 

 

En revanche, le contenu est resté intact. Comme cette planche arrive en premier et que l’on ne sait pas à qui l’on a affaire, il faut donc jouer à fond sur le comique de situation et l’humour des dialogues, en étant agressif. En découvrant un Gaspar Scribouille tout penaud, qui se fait passer un savon par l’actionnaire flanqué de ses deux Men in black, on a un peu pitié de lui, il apparaît de loin comme l’élément le plus sympathique de la scène.

 

 

Scribouille a en plus l’air d’être reclus dans un placard à balais sans lumière et sans échappatoire.

Le contraste n’en est que plus étonnant quelques pages plus loin, lorsqu’on le découvre arrogant et suffisant dans sa salle de rédaction.

 

 

Je m’amuse aussi dans la mise en scène, avec cette case muette qui reprend celle du haut, avec un silence lourd de sens, avant de terminer par la dernière remarque assassine de l’actionnaire, dont le modèle était l’ancien vice-président américain sous George W.Bush, Dick Cheney.


L’utilisation du gaufrier renforce l’aspect statique et théâtral. C’est du champ-contre-champ très rapide, qui doit prendre le lecteur par le col dès le départ, la colonne de gauche de la planche (l’actionnaire) s’opposant frontalement à celle de droite (Scribouille), avant de prendre clairement le dessus, case 6.

   

 

 

J’essaie d’imaginer parfois des personnages qui pourraient sortir d’un film des frères Coen. Ici, l’actionnaire est un mélange entre le méchant Lebowski, dans le film du même nom, et Wearing Hudsucker, dans « The Hudsucker Proxy » (1994), ce dernier film étant ma principale référence cinématographique quand il s’est agi d’écrire « Madame Ronchard », en compagnie de « Mars Attacks » (1997) de Tim Burton et « Bananas » (1972), de Woody Allen, que j’ai découvert bien plus tard, en 2014.
   
   

 

 

Cette planche 1 apparaît comme une scène prégénérique, complétée par la séquence de la salle de rédaction. Gaspar scribouille en remet une couche avec son concept vaseux consistant à « angler ».

 

J’en rajoute sur les jeux de mots tous plus bas de plafond des uns les autres. Il y a un humoriste célèbre qui a dit que « pour qu’un jeu de mots soit bon, il faut qu’il soit mauvais. »

 

Et ces deux scènes présentent l’un des thèmes sous-jacents du récit : la crise de la presse écrite, prise entre le marteau de l’éthique journalistique et l’enclume des pressions commerciales. Il va de soi que depuis 2009, la question se pose chaque jour avec un peu plus d’acuité.

 

Ces deux pages de la salle de rédaction ont été réalisées en deux ou trois mois, en 2016, car à l’époque je n’avais vraiment pas le temps de faire de la BD, donc je faisais une case par-ci, une autre par-là, parfois à trois semaines d’intervalle. Mais une fois que je les ai terminées, j’ai constaté que je prenais toujours autant de plaisir, voire plus qu’espéré. Mais je n’étais pas encore convaincu de vouloir me lancer toutes voiles dehors.

 

Il fallait donc que je refasse un essai, avec une ou deux autres séquences. Je m’étais fixé sur la scène du débat télévisé des deux intellectuels phénoménologues, dont il me tardait de me moquer. Ou alors le petit déjeuner entre Guerrelasse et Lebourdon. J’ai finalement opté pour celle-ci.

 

 

 

 

 
Vous aussi, devenez édinaute de « Madame Ronchard ».

 


    
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