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INTERVIEWS
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Michael Degré,
SudPresse, Belgique, mai 2009 Dessinateur de presse, Nicolas Vadot croque l'actualité belge depuis l'Australie. Il est aussi un artiste qui possède son propre univers. Comme dans « 9 mois », un nouvel album dans lequel il confie son angoisse de la paternité.
Ceux qui suivent un peu l'actualité et s'en donnent les moyens connaissent forcément Nicolas Vadot. Depuis 1993, il est effectivement le caricaturiste attitré du Vif l'Express,pour qui il brocarde les grands de ce monde avec frénésie. Sorte d'anti-Reiser, tant il soigne graphiquement ses productions, que ce soit par son trait léché ou son utilisation de la couleur, cet auteur talentueux est parfois difficile à suivre, au propre comme au figuré.
« Les pieds en Australie, la tête en Belgique » Au propre, d'abord puisque le jeune homme, 38 ans, vit aujourd'hui en... Australie après être né en Grande-Bretagne de parents français, et avoir grandi artistiquement en Belgique, où il fréquenta les « bancs » de l'école de recherches graphiques de Bruxelles. Du coup, c'est dans Antipodes qu'il continue de croquer l'actualité de notre petit pays : « Quand je suis arrivé là-bas, se souvient-il, je pensais continuer à bosser pour le Vif deux ou trois ans, avant de m'imposer en Australie. Au final, je n'ai... jamais eu le temps de chercher du travail puisque L'Écho s'est rapidement ajouté au Vif. Et grâce au web, ce n'est pas difficile de se tenir au courant de l'actu belge . J'ai les pieds en Australie, mais la tête en Belgique. » Le décalage horaire ne semble pas le perturber davantage : « Il m'arrange même, puisque j'ai l'habitude de travailler la nuit. À la limite, je serai plus dépaysé lorsque je reviendrai vivre en Belgique, d'ici un an. »
« Le dessin de presse, c'est un 100 mètres » S'il a posé son baluchon si loin de ses attaches, c'est parce que Nicolas Vadot y a suivi celle qu'il aime. C'est là qu'il a poursuivi, en 2006, son autre carrière. Qui le voit développer, depuis 2001 et la parution du 1er tome de Norbert l'imaginaire, un univers plus personnel. « Le dessin de presse, c'est du 100 mètres ; une BD, c'est un marathon», résume-t-il dans une formule rodée. En 2006, il signait ainsi l'un des plus jolis albums de l'année avec 80 jours, malicieuse réflexion sur la mort, histoire d'un octogénaire qui rajeunit d'une année chaque jour alors qu'il était à l'article de la mort. Le voici qui sort, toujours chez Casterman, ce qu'il appelle lui-même « La face B de "80 jours" ». Et c'est vrai que dans Neuf mois, il est surtout question de vie. Et plus particulièrement de la paternité, « et du sentiment ambivalent, sorte de mélange entre excitation et angoisse », qui étreint les futurs pères. Cette ambivalence, il l'a expérimentée récemment. Et plutôt deux fois qu'une : « Ella, ma fille, est née en mai 2007. Et j'ai écrit le scénario de "Neuf mois" en septembre 2007. Le plus amusant, c'est que quand ma femme est tombée enceinte une seconde fois - de manière naturelle alors que c'était a priori impossible, il me restait encore vingt planches à dessiner. Cet album est donc une double mise en abîme.»
Dans la lignée du travail déjà accompli avec Olivier Guéret, « mon contradicteur préféré », sur Norbert l'imaginaire puis 80 jours, Nicolas Vadot, cette fois seul aux commandes, déroule son récit à coup de métaphores fantasmagoriques suintant le surréalisme. Son héros, Colin, passe ainsi du centre de Bruxelles et de sa vieille coccinelle à un désert blanc et aride traversé au volant d'une Chevrolet Chevelle 1968. Dans ce monde parallèle, perdu au plus profond de son inconscient, il croisera des requins qui volent, des clones de Siegmund Freud et un marchand de sable.
« Un bordel structuré » Dit de la sorte, voilà qui peut paraître confus : « Tout seul chez moi, à Canberra, j'ai parfois eu l'impression que je faisais n'importe quoi », acquiesce l'auteur en riant. Si le propos est dense, la narration est pourtant d'une magnifique fluidité et rend, avec humour et intelligence, les conflits internes qu'engendre la perspective d'une paternité chez l'homme : « C'est un bordel structuré, s'amuse-t-il encore. J'aime laisser du blanc dans les cases, que le lecteur puisse s'approprier mon histoire. » Fatalement, c'est avec une pointe d'inquiétude que Nicolas attendait la réaction de sa première lectrice, celle qui partage sa vie et lui a apporté ce bonheur à deux reprises : « Elle m'a dit qu'elle ne voyait pas ça comme ça . Par contre, ma nièce m'a dit : "La vache, qu'est-ce que tu devais être angoissé ! " (rires) »
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