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INTERVIEWS

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Interview de Nicolas
Vadot et Olivier Guéret donnée à Sceneario.com, le 10 janvier 2004,
à Lyon.
Sceneario.com : Bonjour. Pouvez-vous vous
présenter en quelques mots ?
Olivier Guéret/x-tad-bigger>/fontfamily>
: J'ai fait l'école hôtelière. J'ai arrêté par passion pour le
cinéma : j'ai été journaliste cinéma, chroniqueur radio, enfin, J'ai
fait beaucoup de choses. Et maintenant, j'ai une boite de production
dans l'audiovisuel, pour la télé en Belgique. Je viens de faire le
making-of du DVD " les triplettes de Belleville ".
Je fais de la bande dessinée surtout pour m'amuser.
/x-tad-bigger>Nicolas Vadot /x-tad-bigger>
: Moi, je suis dessinateur politique au journal /x-tad-bigger>
Le Vif/L’ Express /x-tad-bigger>(NDLR : édition
belge de l'Express) depuis 10 ans. J'ai fait l'École de Recherches
Graphiques à Bruxelles, section bande dessinée et illustration, et
je suis rentré au /x-tad-bigger>Vif/L’ Express/x-tad-bigger>
en 93, à ma sortie de l’école.
Je fais également de la BD parce que ça m'amuse - ça ne nous
rapporte quasiment rien pour l’instant - et aussi car d’un point de
vue artistique, la BD nourrit le dessin de presse et réciproquement.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Et il y a aussi un côté thérapeutique à Norbert.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Oui, c’est une sorte de thérapie par le dessin.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Donc pour vous la BD est juste une
activité de plus ?
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: La BD me prend énormément de temps, et ne me rapporte pas des
masses ; donc pour l’instant, on met ça un peu en jachère. Mais bon,
c’est très intéressant.
En plus, comme on ne fait pas de la BD pour vivre, ça permet de n'en
faire que quand on en a envie.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Ça permet d’avoir un réel recul, de ne pas avoir de rapport de
force avec la BD.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Et on peut donc être très libres, très indépendants.
/x-tad-bigger>S.com: Quel
regard portez-vous sur le milieu de la BD ?
NV/x-tad-bigger> : On ne le fréquente pas
vraiment. Ce qui me plaît dans la BD, c’est d’en faire, d’en parler
quand on a un album qui sort, mais les festivals ce n'est pas mon
truc.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: En fait, j’ai un rapport quasiment littéraire avec la BD, dans le
sens où j’ai l’impression d’écrire un roman.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Oui, notre but n’était pas de faire de la bande dessinée, c’était
de raconter /x-tad-bigger>Norbert l’Imaginaire/x-tad-bigger>.
Parce qu’olivier est fan de BD à la base, contrairement à moi. J’ai
une mère anglaise, donc une éducation britannique, et la BD n’en
fait pas partie. A 18 ans, je voulais être dessinateur de presse. Je
ne fais pas du dessin de presse pour bouffer, j’en fais avant tout
parce que j’adore ça.
La politique m’a toujours intéressé, comme le dessin, et mon travail
me permet de mélanger les 2, de faire passer des idées ; ce qu’on
peut faire aussi en BD. D’ailleurs nous nous y sommes beaucoup
amusés dans /x-tad-bigger>Norbert/x-tad-bigger>.
Donc, je n’ai jamais été fan, et je n’ai pas d’auteurs de référence,
si ce n’est Hergé ou Uderzo/Goscinny.
Je suis arrivé assez " vierge " à la BD par rapport aux références.
Depuis, je découvre, mais même actuellement, j'en lis peu.
Je me souviens que lors d’un jury, lorsque j’étais étudiant,
Schuiten nous avait dit: " Si tu veux faire de la BD, la première
chose, c’est d’arrêter d’en lire ". Ça tombait bien, je n'en lisais
déjà pas.
Et il avait raison. On ne fait pas de la BD pour faire de la BD,
mais pour raconter des histoires. C'est ce qui nous intéresse.
/x-tad-bigger>S.com: vous
refusez d’avoir des références ?
NV/x-tad-bigger> : Si, des références, on en a
forcément, il y a des auteurs qu’on adore. Mais en tant que
professionnel, j’ai beaucoup de mal à lire une BD comme un lecteur
normal, parce que je ne peux pas m’empêcher d’analyser comment les
auteurs ont fait. Alors de temps en temps, quand c’est très bien
fait comme pour
/x-tad-bigger>Le Combat Ordinaire/x-tad-bigger>
de Larcenet, j’oublie que je suis auteur de BD, parce que je suis
vraiment pris par l’histoire. Souvent, je me demande comment moi je
l’aurais fait. Et Olivier, qui a été critique de BD, est encore
pire.
/x-tad-bigger>S.com: Vous
aimeriez écrire des romans ?
OG/x-tad-bigger> : En fait, j’aime bien le côté
pluridisciplinaire.
Je me dis souvent " j’ai fait ça, c’est bon, j’ai fait ça, ah tiens,
je vais essayer ça ". Alors un roman, peut-être un jour...
/x-tad-bigger>NV /x-tad-bigger>
: Olivier est très polyvalent, alors que moi, je suis très
spécialisé. Par exemple, je serais incapable d’écrire un roman,
parce que j’ai besoin des images. Je pense en images, et elles
amènent souvent les textes.
/x-tad-bigger>S.com: A la
base, l’idée de
/x-tad-bigger>Norbert/x-tad-bigger>
vient de toi, Nicolas ?
NV/x-tad-bigger> : Oui. J’avais même fait un
album complet qui s’appelait /x-tad-bigger>Le
Dépresseur, /x-tad-bigger>dont personne n’a
voulu, que j’ai présenté à Olivier quand on s’est rencontrés, il y a
six ans.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Et pourquoi ce besoin de chercher un
co-scénariste ?
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: J’ai fait ce premier album (/x-tad-bigger>Le
Dépresseur/x-tad-bigger>), qui posait une
grande partie de l’univers, mais Olivier a apporté ce qui manquait.
Au départ, j’avais Norbert, le Capitaine, Simon, Élodie, le
Dépresseur, Pommezed, mais ça se passait au moment où Simon vient de
se faire plaquer ; donc c’était un peu déprimant, et on restait dans
la tête de Simon. C’est Olivier qui a proposé d’aller dans la tête
d'Élodie.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: /x-tad-bigger>Le Dépresseur/x-tad-bigger>
était en fait une longue déprime.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Oui, ça manquait de positif. J’avais 24 ans...
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: C’est une question de maturité. On a tous besoin - en matière de
création - de destructeurs, de pouvoir détruire par le pessimisme.
La maturité passe par plusieurs étapes, la suivante étant d’être
plutôt positif.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Moi, j’avais “besoin” de le faire. Je tenais vraiment à cet album
dont personne n’a voulu. Donc j’ai tenté de travailler avec d’autres
gens. J’ai essayé deux copains, mais ils ne comprenaient pas le truc
: avec Olivier, ça a tout de suite fonctionné.
/x-tad-bigger>S.com: Vous
vous connaissiez avant ?
NV/x-tad-bigger> : Non, on s’est rencontrés au
vernissage d’une de mes expos de dessins de presse à Bruxelles. Je
lui ai filé la copie du
/x-tad-bigger>Dépresseur/x-tad-bigger>,
en lui disant:" Tu lis ça et tu me dis ce que t’en penses. On prend
ça comme un brouillon et on part sur /x-tad-bigger>
Norbert/x-tad-bigger>
après.” Au même moment, j’ai rencontré fortuitement le patron de
Dargaud, et c’est comme ça que ça a commencé.
La première chose qu’Olivier a dite, c’est que c’était bien d’aller
dans le cerveau du type, mais qu'on devait aller aussi dans celui de
la fille. C’est lui qui a inventé Nora, par exemple. A partir de là,
j’ai su que c’était l’ouverture qui manquait.
Et puis après, on a appris à travailler ensemble, des hauts, des
bas, des bagarres...
/x-tad-bigger>S.com:
Comment vous répartissez-vous le travail ?
OG/x-tad-bigger> : Il n'y a pas de répartition.
C’est du ping-pong.
On habite tous les deux Bruxelles, et on se voit environ une fois
par semaine. On a une réunion de deux- trois heures, et sinon on
s’écrit.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: On se tape dessus par mails. J’aime beaucoup le média Internet,
parce que ça permet d’écrire, sans avoir d’envolées lyriques. Si
j’ai fait un truc qui m’a pris 3 jours que je trouve ça génial, et
qu’il trouve ça nul, il va me le dire, et inversement. Et puis les
dessins modifient l’histoire, puisqu’on ne part pas avec un script
au départ.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Oui, on jette à peu près 3 scénarii avant de commencer, et
finalement on débute sans rien. Et in fine, toutes les idées qu’on
va retrouver dans l’album sont dans ces trois scénarios de départ.
On a le point de départ, le point d’arrivée, 2 ou 3 scènes clés, et
après on tricote. Et puis il y a les dessins : on se demande comment
on pourrait dire ça par dessin plutôt que par texte. C’est pour ça
qu’on a mis des contes sur le troisième tome. Ils nous permettaient
de mettre énormément d’informations, de faire des respirations, de
changer le mode de lecture.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Ça permet de réinventer l’univers et le médium.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Ainsi, le lecteur est un peu bousculé. Déjà dans la narration de /x-tad-bigger>
Monsieur i/x-tad-bigger>, on
avait pris pas mal de libertés. On pose des lianes, et c’est au
lecteur de les prendre, de jouer à Tarzan. Sur le troisième, on a
mis les lianes un peu plus loin. Mais c’est vrai qu’il vaut mieux
lire les 3 albums à la suite. Ils forment vraiment un triptyque,
avec un canevas cohérent.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Mais comme le premier était déjà écrit, il y a une grande
différence entre lui et les deux suivants.
Et du coup, ce premier album manque peut être un peu d’émotion,
parce qu’il était cadenassé dès l’écriture.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: /x-tad-bigger>Monsieur i/x-tad-bigger>
n’était pas écrit formellement, mais on avait déjà réfléchi à des
scènes pivot.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: J’avais déjà pensé à Monsieur i pour /x-tad-bigger>
Le Dépresseur/x-tad-bigger>, dans le cas d’une
suite. Tout ce qu’on avait, c’était 2 ou 3 croquis, et quelques
citations sur l’inconscient.
/x-tad-bigger>S.com:
Travaillez-vous en linéaire ?
NV /x-tad-bigger>: Pas du tout. Je fais
beaucoup confiance à l’instinct, aux images mentales. Je vois un
truc et je me dis: “ Tiens, je vais le dessiner”. Par exemple le
kangourou dans la planche 26 de /x-tad-bigger>La
Dame de Trèfle/x-tad-bigger>. Je ne savais pas
si ça allait servir, mais je trouvais ça bien. Et comme la planche 3
a été réalisée six mois plus tard, j’ai remis le kangourou ! Le
meilleur moyen de faire un album linéaire, c’est de le réaliser dans
le désordre !
/x-tad-bigger>OG /x-tad-bigger>
: On se dit " Tiens, on peut insérer ça là, parce que ça veut dire
qu’à la fin, on peut le reprendre ".
Quasiment personne ne le verra à la première lecture. Ça permet de
faire un album qu’on lit et qu’on relit, avec des petits détails
dedans. C’est hyper travaillé, mais le lecteur doit avoir
l’impression que c’est spontané. On se prend la tête, mais cela ne
doit pas se sentir.
/x-tad-bigger>NV /x-tad-bigger>
: Et comme on a un univers très compliqué, ça doit se lire de
manière fluide. C’est pour ça que je fais des gaufriers et que j’ai
un dessin qui est simple. Au plus l’histoire est compliquée, au plus
la narration doit être fluide.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Parfois, on nous demande quel est le genre de la série /x-tad-bigger>
Norbert l’Imaginaire/x-tad-bigger>,
mais nous ne savons pas. C’est au lecteur de le dire, et encore, il
ne le sait pas forcément non plus.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: C’est une sorte de fourre-tout, mais c’est ça qui nous amuse.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Ça a une identité. On a réussi à donner une identité à quelque
chose qui est complètement déjanté.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: C’est le personnage de Norbert qui
donne cette identité ?
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Pas vraiment, c’est le personnage le plus faible. C’est notre
Tintin à nous, en moins courageux.
On ne sait jamais quoi en faire. D’ailleurs, il y a 22 pages où il
n’apparaît pas dans /x-tad-bigger>La Dame De
Trèfle/x-tad-bigger>.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Simon ne parle quasiment pas dans ce
troisième tome. C’est voulu ?
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Oui. Au début, on s’est demandé si on faisait des longues tirades,
et on s’est dit que c’est le lecteur qui allait se les imaginer.
Simon est un peu une nature morte, ça risque à la longue d’être un
peu ennuyeux pour le lecteur.
Mais c’est compensé par ce qui se passe à l’intérieur de lui-même.
Il faut que Simon /x-tad-bigger>résonne/x-tad-bigger>
et /x-tad-bigger>raisonne/x-tad-bigger>,
pas forcément qu’il parle.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Qui plus est, il est dans une phase où il se pose beaucoup de
questions. Il vient de se prendre une grosse baffe, le pauvre
garçon.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: En plus, faire du dialogue, c’était tomber dans la pantalonnade ou
dans le mélo à deux balles, choses que l’on préfère éviter...
L’important dans un album, ce n'est pas quand on le lit, c’est ce
qu’il en reste quand on le referme. Ça doit travailler dans
l’imaginaire du lecteur, on essaie donc de lui laisser un maximum de
place.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: le lecteur a une importance énorme pour
vous ?
OG/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Il faut qu’il éclate l’univers lui-même, qu’il rajoute ce que lui
a vécu.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Tu as deux pôles : l’auteur et le lecteur. Nous, ce qui nous
intéresse, c’est la transmission entre les deux. C'est pour ça que
quand un album sort, on ne sait pas comment il va être accueilli, et
c’est tant mieux !
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: C’est le lecteur qui va décider. Il n'y a pas de recettes. Ce
n'est pas un polar ou un érotique. Si le lecteur n’a pas envie de
voir certaines choses, il ne verra rien et il va trouver ça plat.
S'il a envie de s’éclater, il va probablement le faire, mais il faut
qu’il ait une envie par rapport à l’album.
Norbert, ce n'est pas le truc qu’on lit à 22h30 avant de s’endormir,
en rentrant du boulot, ou alors on passe à côté. Il y a un côté
miroir, où on voit des choses qui sont à moitié dites. C’est au
lecteur de combler les vides.
En dédicace, on a eu quelqu’un qui venait de rompre avec sa copine,
et qui m’a dit avoir presque pleuré en lisant le tome 2...
/x-tad-bigger>NV /x-tad-bigger>
: Et puis, il y a un rapport au livre. On ne veut pas faire de la BD
jetable, où une fois que tu as résolu l’intrigue, le bouquin perd
tout intérêt. On a envie que les gens reviennent dessus, qu’ils le
picorent. Tim Burton dit: " moi, je suis content que les gens ne
comprennent pas tout dans mes films ". Eh bien moi aussi, j’ai envie
qu’il reste du mystère.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Il y a un côté autobiographique dans la
série ?
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Totalement.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: C’est plus des expériences de vie qui ont été accumulées.
En fait, on a un petit décalage au niveau de nos vies respectives,
qui fait que la perspective n’est pas la même.
Donc nous avons des discussions existentielles très intéressantes.
En tirant chacun de notre côté, on arrive peut-être à un milieu qui
est juste.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Il y a une tendance dans la BD actuelle à l’autobiographie des
trentenaires un peu névrosés, mais nous, on ne veut pas dire "
Voilà, c’est notre histoire ", mais plutôt: “C’est un peu la vôtre”.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Et Norbert est quelque chose de très fragile. D’un côté, c’est
très bateau, et d’un autre pas du tout. C’est un univers très
délicat à manipuler pour le lecteur. On n’a pas la volonté de
dénouer une intrigue. Je crois qu’on “explique” des sentiments.
/x-tad-bigger>NV /x-tad-bigger>
: Pour moi, l’intrigue est comme la toile pour un peintre : ce n’est
pas la toile qui fait le tableau, c’est ce que tu vas mettre dessus.
La toile permet simplement au tableau de tenir debout. L’intrigue
sert à ce que le lecteur tourne les pages. Point à la ligne. Peu
importe qui est le coupable et qui a tué qui. En plus, chez nous,
les méchants n’en sont pas et les gentils non plus...
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: vous êtes vous documentés sur la
psychanalyse ?
OG /x-tad-bigger>/fontfamily>
: Nicolas, oui, moi, pas trop. En fait, je suis plus émotionnel et
instinctif.
/x-tad-bigger>NV /x-tad-bigger>
: moi, je suis plus analytique. Je me suis donc beaucoup documenté.
Je trouve ça fondamental et passionnant. Alors parfois, je mets des
bouquins dans les mains d’Olivier; il les lit ou non, et on arrive à
discuter.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: en fait, sur ses analyses, je calque mes émotions. Ça permet
encore une fois de trouver un juste milieu, avec un fondement
psychanalytique effectif, et avec une sensibilité, une vie derrière.
Ça évite le côté rébarbatif.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Tu as dans /x-tad-bigger>Norbert/x-tad-bigger>
des références psychanalytiques très précises, que des psychologues
vont voir. Par exemple Norbert qui casse le sein de la statue de
Nora, c’est du Melanie Klein, version rigolote. Mais je voudrais que
quelqu’un qui lit de la psychanalyse n’ait pas l’impression que je
le prends pour un con, et que quelqu’un qui n’en lit pas ne trouve
pas ça chiant.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Vous êtes tous les deux fans de cinéma.
Cela vous influence pour la BD ?
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Oui, mais Olivier est beaucoup plus calé que moi. Et à partir du
moment où on fait de la BD, on essaye d’aller jusqu’au bout de ce
médium. On fait rarement de plans en champ/contrechamp ou en langage
purement cinématographique parce que ça ne marche pas. La BD, c’est
de l’image fixe, et ce qui est important dans les images fixes,
c’est ce qui se passe /x-tad-bigger>entre/x-tad-bigger>
elles, dans le blanc entre les cases.
On ne va pas faire des grands mouvements de caméra. Ça, c’est du
cinéma du pauvre et on n’en a pas envie. Ça reste de la BD, même si
on a des références cinématographiques évidentes. Parfois, en lisant
une BD, je sais quels sont les films que l’auteur a vus pour faire
son album. C’est vain.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Au cinéma, il y a des outils que tu n’as pas dans la BD, donc ça
ne sert à rien d’essayer : ton cadrage est mauvais, ou tu n’as pas
de gestion de l’espace, à moins de faire des cases énormes,
exactement comme un réalisateur qui ne sait pas cadrer.
/x-tad-bigger>NV /x-tad-bigger>
: En plus, au cinéma, tu dois suivre la narration imposée par le
réalisateur : s'il a décidé qu’un plan ferait trois secondes, tu vas
le voir trois secondes. Alors qu’une case peut être lue en une
seconde et un autre lecteur va passer cinq minutes dessus. Donc,
c’est important que le lecteur fasse son chemin à lui. On ne doit
pas lui imposer cette narration. Il suffit de se replonger dans
Hergé, pour voir qu'à ce niveau, c’est parfait. À bien d’autres
aussi, d’ailleurs...
Mais dans /x-tad-bigger>La Dame de Trèfle/x-tad-bigger>,
on casse quand même des codes, comme dans les pages dites /x-tad-bigger>
du conte/x-tad-bigger>, et on
aime ça.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: La télé est très présente dans /x-tad-bigger>
Norbert l’Imaginaire/x-tad-bigger>
...
OG/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Ce n'est pas vraiment la télé, ce sont les
/x-tad-bigger>médias /x-tad-bigger>;
comme Nicolas est dessinateur de presse, et comme je travaille pour
la presse écrite, ça a forcément une influence énorme sur nous.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: L’utilisation des médias comme on l’a fait permet une mise en
abîme. En tant que dessinateur de presse, je suis informé en
permanence : je lis 2 ou 3 quotidiens par jour, j’écoute la radio
tout le temps, je regarde les infos. Il y a plein d’images qui me
viennent. C’est un peu du virtuel, mais ça permet de raconter plein
de choses. Les Unes du journal “Notre Monde”, dans /x-tad-bigger>
Norbert/x-tad-bigger>,
constituent aussi des chasses d’eau scénaristiques, et ça permet de
réinventer le médium. Des planches de BD traditionnelles dans /x-tad-bigger>
La Dame de Trèfle/x-tad-bigger>,
il y en a 35 sur les 46. Le reste ce n'est pas vraiment de la BD.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Et il faut voir qu’on est tout le temps et en permanence sous
information. Et pour densifier notre univers, il fallait un système
d’information à l’intérieur-même.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Pour nous, les aléas du monde qui nous entoure ne sont en fait que
des retranscriptions de nos tourments individuels, mais à l’échelon
collectif. Ca, c’est l’un des thèmes principaux de /x-tad-bigger>
Norbert l’Imaginaire/x-tad-bigger>.
Et puis il y a la contrainte de tenir en 46 pages, et nous on a
envie de mettre plusieurs couches, si bien que le lecteur a
l’impression d’en avoir lu 150. Par exemple, on voulait faire la
scène des élections, représentée par 2 pages “classiques”, sous
forme de débat télévisé. Mais un débat prend de la place, et on ne
pouvait pas utiliser suffisamment d’informations en quelques cases.
Contrairement à Olivier, je ne voulais pas réutiliser " Notre Monde
". Et finalement, on en a mis trois pages, dont deux intérieures !
Bref, on discute en général beaucoup, et l’un se fait l’avocat du
diable de l’autre. Par exemple, pour la scène d'Élodie chez le
coiffeur, Olivier voulait la chanson "confidences pour confidences",
de Jean Schulteiss.
Mais à partir du moment où l’on a décidé de ne prendre que des
chansons australiennes, il fallait rester cohérent. Du coup, exit
Jean Schulteiss et la scène devait rester muette. Puis à 15 jours du
bouclage, Olivier est arrivé avec sa lettre d’amour, qu’on a mise,
et c’est vrai que ça ajoute beaucoup.
Mais on a beaucoup discuté, et la question est toujours " est ce que
ça apporte quelque chose à la scène et à l’ensemble ?".
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: En fait, quand on arrive à la page 40, on prend du papier de
verre, et on commence à frotter l’histoire, on relit tout, on
rechange, et il y a des cases qui sont refaites.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Dans un album, il y a à peu près de 50 à 60 cases qui sont
refaites.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Au bout du compte, ce n'est pas “rentable”, financièrement
parlant, et c’est extrêmement exigeant pour les auteurs. Alors on
met 14 à 15 mois pour faire un album, mais derrière, on y va, on
travaille. Parce que c’est un point de vue sur la vie, et qu’on ne
peut pas faire n’importe quoi.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Dans 20 ans, on l’aura encore, notre /x-tad-bigger>
Norbert/x-tad-bigger>. Donc, on a envie d’en
être fiers. En plus, 14 mois c’est long, mais le rythme est
irrégulier : la scène des kangourous qui attaquent Arnold, c’est 7
planches en 3 semaines, alors qu’il y a des mois où on n’avance pas,
parce qu’on bute sur un truc.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: On n’était pas d’accord sur la fin, et on a débattu pas loin d’un
an pour savoir si Élodie et Simon finissent ensemble ou non : il
faut que le lecteur se dise que ces trois ans décrits dans /x-tad-bigger>
Norbert/x-tad-bigger> ont
servi à quelque chose.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Le directeur éditorial n’a pas vu une ligne de scénario de /x-tad-bigger>
La Dame de Trèfle/x-tad-bigger>.
Il a vu 18 planches en avril, et après plus rien. D’abord, il nous
faisait confiance, Mais ensuite il ne pouvait pas voir quoi que ce
soit, car nous ne savions pas nous-mêmes ce qu’on allait faire.
Je crois que si je devais dessiner un truc tout écrit, je
m’ennuierais.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Mais dans /x-tad-bigger>Norbert/x-tad-bigger>,
il y a des moments de panique: “Je ne sais pas, je n'ai pas d’idées
!”
Mais déjà, là, quand l’album sort, pffft ! C’est comme un
accouchement (enfin, j’imagine !), c’est seulement maintenant qu’on
le laisse filer, parce que même pendant le tirage, on est encore
sous pression.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Il y a à peu près 3 mois de production, et pendant ce temps là,
pour nous, l’album n'existe pas encore.
Quand je l'ai eu dans les mains avant-hier, c’est comme si un truc
“partait”.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Alors maintenant, il faut 4 mois pour vraiment souffler, et après
on s’y remet. On a le sentiment de remplir un vase, de refaire du
café, il faut que la marmite chauffe : qu’est ce qu’on va raconter,
comment ? Et là, on commence à faire des scénarii qu’on va mettre à
la poubelle, on se demande où on en est dans la vie, par rapport au
propos.
Et puis l’accueil du public est important. Pour le premier, comme il
était écrit, nous étions moins tendus. On avait juste la fin à
défendre. /x-tad-bigger>Imaginaire 1 / raison 0/x-tad-bigger>
était un peu une équation : le monde c’est ça, garçon, fille, le
coup de foudre: comment ça marche.
/x-tad-bigger>Monsieur i/x-tad-bigger>,
en revanche, était plus risqué. On allait sur des concepts jamais
évoqués en BD, surtout de cette manière-là, et pour /x-tad-bigger>
La Dame de Trèfle/x-tad-bigger>,
c’est encore pire.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Sur /x-tad-bigger>Monsieur i /x-tad-bigger>
, deuxième épisode de la série, j’avais vraiment
peur.
Finalement, je n’ai pas encore le recul sur le 3, mais je crois que
le 2 est mon préféré.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Vous auriez préféré un 54 pages pour /x-tad-bigger>
La Dame De Trèfle/x-tad-bigger> ?
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Oui, mais c’est un problème de coût de production. Déjà sur le 1,
j’en voulais 62, Le Lombard 46, et on en a eu finalement 54. Sur le
3, je me suis dit, mais après l’avoir terminé, qu’il aurait fallu
peut-être quelques pages de plus. L’attaque des kangourous aurait
sûrement mérité plus de mise en scène : mais il m’aurait fallu 4
planches de plus, et ça ne faisait pas un nombre qui collait.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Le film /x-tad-bigger>Heat/x-tad-bigger>
de Michael Mann tenait une grande place dans le tome 2 ?
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Oui, c’est un film qui nous a énormément marqués, l’un comme
l’autre. La relation De Niro-Pacino dans ce film est quasiment
psychanalytique, justement, c’est à dire que le méchant n’est pas
forcément celui qu’on croit. Je suis allé voir Olivier pour lui dire
qu’on allait reprendre la scène entre De Niro et Pacino, qui n'est
pourtant pas ma préférée du film, et qu'on allait faire le parallèle
entre Norbert et le capitaine. Pacino et De Niro sont les deux
facettes d’un même personnage, et je me suis aperçu en relisant
Norbert qu’il en va de même pour Élodie et Simon: la partie féminine
dans un homme et la partie masculine dans une femme.
Et encore une fois, les gens qui n’ont pas vu le film Heat doivent
pouvoir saisir la référence.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Pouvez-vous nous parler de votre travail sur les couleurs ?
OG/x-tad-bigger>/fontfamily>
: C’est très important, parce que c’est de la BD, parce qu’il faut
exploiter tout ce qu’on a sous la main, et on veut que le dessin
soit narratif.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Norbert est un album incompréhensible en noir et blanc. Dans le
dessin de presse, la couleur est très importante ; on ne la
travaille jamais de façon réaliste, mais symbolique : les couleurs
doivent être un fil narratif qui va rester dans l’esprit du lecteur.
C’est pour ça qu’il y a un travail énorme sur la couleur. Les
traités théoriques sur le sujet, d’Étienne Chevreul notamment, sont
à ce titre très intéressants. C’est Chevreul qui a délimité les
couleurs en primaires et complémentaires. Son travail a servi de
base aux impressionnistes et surtout aux pointillistes.
Par après, les cubistes ont changé l’art moderne en déstructurant la
forme, les Fauves l’ont fait en déstructurant la couleur. “Ce n'est
pas parce que c’est bleu que je vais mettre du bleu”. J’ai étudié
tout ça durant mes études supérieures et ça m’a bien servi pour /x-tad-bigger>
Norbert/x-tad-bigger>.
Par ailleurs, dans la BD, par rapport au cinéma, on peut maîtriser
ça beaucoup mieux, parce que chaque centimètre carré peut s’exprimer
graphiquement. Et là, j’utilise énormément l’informatique.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Arnold Dépressor est-il inspiré de Le Pen ?
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Les scènes du tome 2 où il y a Arnold ont été faites avant les
élections présidentielles en France.
Pour moi, Arnold, c’est un peu Le Pen, mais c’est surtout l’icône du
méchant. On a tous une pulsion d’extrême-droite en nous, qu’on
arrive à refréner ou non. Mais ce n'est pas une attaque sur Le Pen
en particulier : il n'est pas assez intéressant pour en faire un
sujet d’album. C’est plutôt la quintessence du mal. Mais ça
m’intéresserait d’aller à l’intérieur de Le Pen : il doit avoir une
souffrance au départ, car pour haïr les autres à ce point, il ne
doit pas beaucoup s’aimer lui-même à la base.
Et c’est pour ça que les personnages méchants nous intéressent plus
que les gentils: ils se construisent par leurs failles.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Oui, et même au niveau de l’histoire. Le bonheur est stérile : on
ne peut pas raconter une histoire de gens heureux. Ce n'est pas
intéressant. Quand on est heureux, c’est simple, c’est naturel.
/x-tad-bigger>S.com: Qui
est La Dame De Trèfle ?
NV/x-tad-bigger> : Eh bien il y a une scène,
qu’on a coupée, où on expliquait ce qui elle était, pour ne pas tout
mâcher aux gens: certains vont savoir ce qu’elle représente, et
d’autres projetteront sur elle ce qu’ils considèrent comme le pire
défaut.
La Dame de Trèfle représente la jalousie, ou plus exactement
l’envie, sentiment beaucoup moins romantique.
Le jaloux a peur qu’on lui retire son bonheur. L’envieux veut le
bonheur de l’autre. Il faut lire Othello. Shakespeare l’explique
bien mieux que moi !!!
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Et La Dame de Trèfle serait donc le pendant d’Arnold au
féminin ?
OG/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Non, parce que Arnold, c’est l’autodestruction, et La Dame de
Trèfle, c’est la destruction de l’autre.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Ils sont semblables dans le sens ou Arnold est la face cachée de
Norbert et La Dame de Trèfle celle de Nora.
La Dame De Trèfle est vraiment notre première vraie méchante, ce qui
la rend intéressante. Enfin, ce n'est pas qu’elle soit méchante,
c’est qu’elle est malheureuse, tragique. Et ça, on l'explique en
filigrane dans la première page. Comme dans tous les albums de
/x-tad-bigger>Norbert/x-tad-bigger>, on
explique tout dès le début. Mais le lecteur ne le sait pas encore.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Le conte au début est un pré-générique ?
OG/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Oui, c’est aussi un code, mais que le lecteur ne pourra déchiffrer
que 20 ou 30 pages après.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Le pré-générique, c’est quelque chose qu’on voulait pour les deux
premiers, mais l’éditeur n’était pas d’accord. Mais sur le 3, j’y
tenais vraiment. La première case dit “Au début, il n’y avait rien.”
Il faut donc qu’avant cette case, il n’y ait
-/x-tad-bigger>effectivement/x-tad-bigger>
- rien. Et en plus, la page titre La Dame De Trèfle, qui suit ce
pré-générique, en devient narrative.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Quel est votre personnage préféré ?
/x-tad-bigger>/fontfamily>
/bigger>/bigger>/fontfamily>
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Moi, celui que je préfère, c’est le Capitaine ; justement parce
qu’il a ce côté tragique et bicéphale.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Moi, c’est Monsieur i. Si je devais être un personnage, ce serait
lui.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Par ailleurs, j’aime beaucoup dessiner La Dame de Trèfle ; et
celui que j’aime le moins dessiner, c’est Norbert.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: C’est le personnage le plus faible. C’est la boule de flipper qui
ramasse tout dans la tête, et qui n’arrive pas à prendre les bonnes
décisions parce qu’il vit sous l’influence de différents
personnages.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Ça fait 3 albums que Norbert n’arrive pas à s’assumer, qu’il ne
veut pas être un héros alors qu’il en est un.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Et pourquoi la transformation physique
de Norbert à la fin du 2 ?
/x-tad-bigger>/fontfamily>
/bigger>/bigger>/fontfamily>
OG/x-tad-bigger>/fontfamily>
: La maturité.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Et aussi parce que graphiquement, il était beaucoup plus faible
que les autres. Avec le dessin qui arrive à maturité, on avait
besoin d’une forme plus humanoïde. On s’est beaucoup posé la
question, et je pense qu’on a bien fait de le changer. Il a beaucoup
plus de corps.
Et c’est aussi un code qu’on brise : dans la BD, tu ne dois jamais
faire mourir ton héros, et tu ne dois jamais changer son apparence.
On ne l’a pas encore fait mourir, mais on l’a changé. Les
personnages humains évoluent, il n'y a pas de raison que les
personnages intérieurs n’évoluent pas. D'ailleurs, ça n'a pas plu à
notre directeur éditorial, Yves Sente, à qui je n'en avais pas parlé
et que j'ai mis devant le fait accompli. Il me disait qu'il ne
fallait pas changer la tête du héros en cours de route,
commercialement parlant. Mais j'ai tenu bon, et j'ai bien fait.
Artistiquement, pas commercialement, bien entendu !!!
/x-tad-bigger>OG /x-tad-bigger>
: Et on a déjà pensé à un petit Norbert. Comme il y a un petit
Spirou.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Que pensez-vous des couvertures de la
série ?
/x-tad-bigger>/fontfamily>
/bigger>/bigger>/fontfamily>
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Avec le recul, je trouve que la couverture du tome un est un peu
ratée, mal dessinée et qu'on aurait dû en rester à ma première idée,
qui se trouve sur la quatrième de couverture: c'était la couverture
initiale. Mais on me l'avait refusée en me disant que ce n'était
"pas assez drôle"!! Yves Sente m'avait même dit, à propos du premier
projet: "avec une couverture pareille, j'ai vraiment peur qu'on
gagne un prix à Angoulême!".
Finalement, on a juste eu une nomination...
En revanche, le même Yves Sente a été très précieux pour les
couvertures des deux tomes suivants, qu'il a "recadrées" afin
qu'elles deviennent ce qu'elles sont aujourd'hui, qu’elles percutent
plus. Autant j'entends garder un contrôle total sur l'intérieur de
l'album, autant je considère la couverture comme du packaging, qui
se discute en équipe, avec l'éditeur.
J’aurais juste dû incliner la carte à jouer sur celle du tome 3. Là,
c’est raide.
Le logo pose aussi problème. Pourtant, c'est un copain à moi qui l'a
fait, un copain que je suis allé chercher. J'assume la
responsabilité, car à l'époque, je le trouvais très bien, ce logo.
En lui-même, il est très bien, mais il ne reflète plus vraiment ce
qu'est devenue la série. On appelle cela l'apprentissage du
métier...
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Pour vous, c’est l’album de la maturité
?
/x-tad-bigger>/fontfamily>
/bigger>/bigger>/fontfamily>
NV
/x-tad-bigger>/fontfamily>:
C’est surtout le deuxième qui marque la transition.
Maintenant, c’est vraiment de la BD pour adultes. Un ado de moins de
13, 14 ans ne va rien piger. Le grand changement, c’était dans le 2;
et dans le 3 on a juste poussé le bouchon un peu plus loin. Et
graphiquement, c’est vrai que je dessine mieux parce que j’ai plus
de pratique. Même si j’ai encore beaucoup de lacunes techniques.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Et vous envisagez une suite.
/x-tad-bigger>/fontfamily>
/bigger>/bigger>/fontfamily>
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Nous ne sommes pas les seuls maîtres à bord...
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: Mais en tout cas, s'il y a une suite, elle est déjà esquissée à la
fin du 3.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: Mais ça reste une trilogie cohérente. Si on repart sur quelque
chose, on va évidemment changer de décor.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: ce serait un autre univers ?
/x-tad-bigger>/fontfamily>
/bigger>/bigger>/fontfamily>
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: On écrit à droite à gauche, mais on a du mal.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: /x-tad-bigger>Norbert
/x-tad-bigger>est tellement proche de nous, de la vie, et
on a beaucoup de mal à travailler seul ou avec d’autres sur un autre
projet, parce qu’on n'arrive pas à trouver ailleurs quelque chose
d’aussi dense que /x-tad-bigger>Norbert/x-tad-bigger>.
Pour moi, c’est un handicap énorme. Je fais d’autres choses, et j’ai
du mal à y trouver la satisfaction que j’ai avec cet univers-là.
/x-tad-bigger>NV/x-tad-bigger>
: L’avantage de cette série, c’est que tu peux parler de quasiment
tout. Ce qui fait que dès qu’on a des idées ailleurs, quand on
creuse un peu, on se dit que se serait bien dans
/x-tad-bigger>Norbert/x-tad-bigger>.
C’est un peu un piège.
Mais de toute façon, en 2004, on a l’intention d’écrire, /x-tad-bigger>
Norbert/x-tad-bigger> ou
autre chose, mais on va faire un truc. Mais ça fait cinq ans qu’on
travaille ensemble, et on a beaucoup d’automatismes. Et repartir
avec quelqu’un d’autre, ce que j’ai essayé de faire, sans succès, me
donne l’impression de repartir de rien.
Et puis on est des débutants, il y a plein de défauts dans /x-tad-bigger>
Norbert/x-tad-bigger> ; mais
l’univers est tellement riche qu’il n'en est qu’à ses débuts.
/x-tad-bigger>/fontfamily>/bigger>/bigger>/fontfamily>
S.com: Voulez-vous rajouter quelque chose ?
/x-tad-bigger>/fontfamily>
/bigger>/bigger>/fontfamily>
NV/x-tad-bigger>/fontfamily>
: Non, le plus important c’est ce que les lecteurs pensent de
/x-tad-bigger>Norbert/x-tad-bigger>.
C’est une invitation au débat.
/x-tad-bigger>OG/x-tad-bigger>
: on a transmis quelque chose, j'espère que le lecteur va le
transmettre à d’autres.
/x-tad-bigger>Propos
recueillis par GDSeb, pour Sceneario.com |