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Le sentiment d’envie trouve son
origine dès les premières années de la vie. Plus qu’une
passion néfaste, il est en fait l’expression inconsciente
d’une défense, liée au thème central de cet album: la peur
d’être abandonné qui nous ramène au complexe d’Oedipe, et
finalement à la difficulté liée à la séparation entre
l’enfant et sa mère, ce qui influencera nos relations avec
autrui tout au long de notre vie.
Plutôt que de montrer en parallèle l’intérieur de Simon et
celui d’Élodie “en temps réel”, nous avons eu l’idée de
comprimer toute la partie élodienne en une sorte
d’histoire racontée en pictogrammes, en forçant délibérément
le côté plat, symétrique et finalement assez ludique.
Cela permet d’abord de varier les styles, et ensuite
d’inciter le lecteur à reconstruire lui-même les pièces de
puzzle, d’autant que nous saucissonnons ce conte en trois
épisodes: un au début, un au milieu et un à la fin.
Je suis très attiré par les images mentales, qui s’impriment
dans l’inconscient, et qui en disent plus que vingt pages de
textes. Cet album en est truffé, notamment dans ces pages de
pictogrammes.
Ces planches dite du conte se rapprochent beaucoup du
dessin de presse, et j’ai pris un plaisir fou à les
réaliser, car il ne s’agit pas de mise en scène ou de
narration BD classique, mais de concepts à l’état pur, comme
si on zappait une série de diapositives.
La narration est proche d'une histoire pour enfants qui
commencerait par “Il était une fois...”
Je me suis plongé dans La psychanalyse des contes de fées
de Bruno Bettelheim pour bien mettre en avant les
ingrédients inhérents à ce genre de littérature, qui
construit la personnalité de l’enfant en forgeant son
inconscient de manière fondamentale. L’inspiration première
est ici Cendrillon, bien évidemment. Le langage
graphique tombait sous le sens: nous parlions des trois
premières années
de la vie d’Élodie, un traitement
“enfantin” s’imposait
donc. |