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édinaute !
Couverture
Bande-annonce
Présentation
Note
d'intention
Présentation des personnages
Planches 01 à 17
Making-of
Planches 06 à 20 storyboardées
Grandes lignes du scénario
Bande
originale
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Fonds
d'écran |
Making of
(Cliquez sur les images pour les voir en
grand)
1 - Intro :
Chers
lecteurs, chers édinautes, je vous invite à un petit
making-of d’une séquence de « Maudit Mardi ! ». Dans ce
cas-ci, il s’agit des planches 10 et 11, lorsque Achille
se construit des pieds en bois, après avoir perdu les
siens lors de la tempête. |
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Je travaille toujours mes planches par deux, en fonction
de la double page sur laquelle elles apparaîtront en
vis-à-vis dans l’album imprimé. J’essaie de toujours
tenir compte de l’impact visuel de la double page dans
son entièreté, car avant de les « lire », le lecteur va
« voir » ces deux pages en un seul coup d’œil ; il faut
par conséquent que chacune présente une certaine
harmonie visuelle, sans que l’une ne « mange » l’autre
au premier regard.
La réalisation d’une planche me prend en général entre
20 et 30 heures, soit deux ou trois jours de travail. |
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2 - Storyboard :
Avant de m’aventurer dans le dessin à proprement parler,
je fais un storyboard de la séquence. Ici, figure 1,
dans ma première version, tout tenait sur deux tiers
d’une planche, la partie gauche s’étant finalement
retrouvée planche 9 dans l’album. Ce premier découpage
aurait tenu le coup pour un album de 46 planches, mais
comme celui-ci en fait 80, je peux me permettre de
prendre plus de temps. Par ailleurs, j’estimais que
cette scène méritait plus de place, narrativement
parlant. J’ai donc décidé de lui donner deux pages
entières (Figures 2 et 3). |
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3 - Photos :
Parfois, je travaille d’imagination, mais la plupart du
temps, je fais des photos.
Ici, j’ai la chance d’avoir un beau-frère qui possède un
atelier de bricoleur digne d’un vrai capharnaüm, que
j’ai depuis longtemps voulu mettre dans une BD. J’ai
donc pris une trentaine de clichés, histoire de me
couvrir, pour ne finalement en garder que six. |
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| Pour la maison, je suis
allé dans mon quartier, à Canberra, et j’ai trouvé cette
petite maisonnette, typique de la ville. Je trouvais
qu’elle ferait une jolie petite bicoque perdue sur l’île
d’Achille, alors que dans la réalité, ces maisons se
trouvent en zones totalement urbaines. |
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4 - Dessins :
Une fois le storyboard effectué et les photos prises, je
peux commencer à passer à la réalisation proprement
dite. Chaque case est en fait un crayonné réalisé au
format A3, que je scanne, recadre et réduis, pour que
cela devienne finalement une case. Je scanne les dessins
soit à 300 DPI, soit à 400, soit plus grand, afin de
pouvoir jongler avec les textures et zoomer dans mes
documents, donnant au trait une valeur différente, selon
l’effet souhaité. Tout est ensuite
recomposé dans Photoshop.
Bref, je ne travaille plus du tout à l’ancienne, dans le
sens où je ne fais plus de planches véritables, ma
technique se rapprochant plus du montage, si bien que la
planche définitive naît sur mon écran beaucoup plus que
sur la feuille de papier. |
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| Pour les cases réalisées d’après photo, soit je
décalque (quand il n’y a pas de personnages, ou
seulement des gros plans excluant les visages), soit je
redessine, en recopiant une photo d’attitude. Je ne
décalque jamais des attitudes de personnages, car cela
donnerait un résultat raide : je préfère recopier,
quitte à laisser des défauts dans les proportions, car
cela donnera plus de vie. Il m’arrive souvent de voir
des BD où je sens tout de suite que le personnage a été
décalqué, si bien qu’il ressemble à un pantin.
Par ailleurs, ma technique de crayonnés « bruts » me
permet de laisser des dessins inachevés quand il le
faut. En
fait, je ne m’arrête pas quand j’estime que le
dessin est terminé, mais quand il a apporté
toutes les informations narratives et visuelles
nécessaires. Parfois c’est très fignolé, parfois
cela reste à l’état d’ébauche. |
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En terme de cadence de narration, j’adore les gaufriers,
qui donnent beaucoup de rythme et évitent le bavardage
graphique de cases aux formats « explosés ». Hergé était
le maître en la matière : ce qui importait se trouvait à
l’intérieur des cases, et non dans le format de
celles-ci.
Les huit premières cases de la planche 11
contrebalancent la planche 10 - où les plans étaient
très larges et volontairement statiques - et
fonctionnent de manière très « cut », afin de bien
souligner l’activité du personnage, occupé à réaliser
plein d’opérations multiples et équivalentes, pour
sculpter ses pieds en bois.
Mais pour ajouter du rythme et impliquer le lecteur,
j’avais besoin de gros plans d’Achille. |
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Pour les cases 1 et 7, j’ai fait un seul dessin,
bien plus large que la case elle-même, et j’ai ensuite
zoomé dedans, afin d’accentuer la tension dramatique. Le
premier plan est scanné à 300 DPI, le second à 600, afin de grossir le trait, puisque l’on s’approche du
personnage. (Je sais, c’est un peu technique, mais les
spécialistes comprendront…) Cette séquence très découpée terminée, je ponctue
par une rupture de rythme et une longue case censée
exprimer le contentement du personnage, une case «
panoramique » étant toujours plus apaisante qu’une case
étriquée. |
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Là encore, je dessine plus grand que la case, et je
recadre dans Photoshop, afin de millimétrer l’effet
voulu.
Ses yeux regardent vers le bas et nous invitent à voir
ce qu’il voit, à savoir le résultat de son travail. |
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Restent enfin les plans de coupe, à savoir les
images extérieures de la maison. Très importants, ces
plans permettent à la fois une respiration visuelle et
une accélération narrative, dans la mesure où ils
soulignent la journée qui s’écoule, donnant ainsi par
ricochet plus de consistance aux scènes intérieures, qui
s’allongent dans la durée, comme par magie. |
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J’ai pris le parti de n’utiliser que deux points de vue,
l’un de face, l’autre de profil, à nouveau pour des
questions de rythme. |
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Le fait d’utiliser exactement le même dessin pour
trois cases différentes répond à un souci d’efficacité :
le lecteur ne doit pas se concentrer sur le cadrage,
mais sur les couleurs. |
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Inconsciemment, je me suis inspiré de Monet et de
ses séries comme les meules de foin, dont la démarche
autant que le résultat m’avaient toujours marqué.
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5 - Couleurs :
S’il y a bien un poste que je ne déléguerai jamais dans
mes albums, c’est le coloriage, qui relève pour moi
autant du dessin que les crayonnés à proprement parler.
Je pense toujours en couleur, depuis le storyboard. Cela
vient de mon activité de dessinateur de presse, d’une
part, où la couleur joue un rôle narratif primordial.
Lors de mes études à Saint Luc, j'ai un peu étudié les
théories de Chevreul sur la couleur, ainsi que ce qu’en ont fait ses élèves
directs, les impressionnistes, mais surtout les
pointillistes et les Fauves (Matisse, Derain, Van Dongen,
etc.), qui ont poussé la logique jusqu’au bout. Et en
BD, un album m’avait fortement marqué lorsque j’étais
étudiant : « La chambre nuptiale », de Bézian, où la
couleur joue un rôle primordial. Idem au cinéma avec «
American Beauty », de Sam Mendes, où l’utilisation du
rouge est brillantissime et joue directement sur
l’inconscient, sans que cela ne soit jamais appuyé
lourdement.
Techniquement parlant, les dessins au trait sont placés
sur un calque dans Photoshop, et les couleur sont
apposées sur un autre calque, exactement comme au temps
du bon vieux bleu de coloriage, lorsque l’informatique
n’existait pas. |
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| Je commence toujours par tapisser le fond d’une couleur
de base, et puis j’ajoute les autres par petites
touches. J’ai travaillé de longues années avec des
couleurs « réelles » (gouaches, acryliques, écolines,
pastels, etc.) et j’applique plus ou moins les mêmes
règles aujourd’hui, mais informatiquement, si bien que
sur mes précédents albums, certains croyaient que je
coloriais au pastel ! |
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6 - Bruitages :
Au plus j’avance dans la BD, au moins je mets de textes,
car la bande dessinée est à mon avis un art avant tout
visuel. Le début de cet album est comme le précédent -
Neuf Mois - quasiment muet. J’adore le début d’un film
comme « There Will Be Blood », de Paul Thomas Anderson,
où le personnage ne dit pas un mot pendant le premier
quart d’heure, alors qu’il est tout seul au milieu du
désert. C’est un tour de force narratif que d’arriver à
captiver le spectateur uniquement grâce aux images et
aux bruitages. |
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Dans cette scène-ci, le fait de mettre plein de
bruitages me permet de renforcer le rythme et d’obliger
le lecteur à lire autant qu’à regarder, et donc à passer
plus de temps sur cette séquence, ce qui aura pour effet
d’avoir davantage de chances de marquer son inconscient… |
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